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Dimanche, 15 Mai 2016
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Elisabeth Lévy : «De Nuit debout à Verdun, le chantage au fascisme ne passera pas»
Alexandre Devecchio
Tribune libre
A l'occasion de la sortie du dernier numéro de Causeur consacré à Nuit debout, Elisabeth Lévy a accordé un entretien fleuve à FigaroVox. Elle s'y moque des «mutins de Panurge» de la Place de la République et réagit à la polémique autour du concert de Black M à Verdun.

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Le dernier numéro de Causeur s'intitule, Nuit debout, le grand soir des mutins de Panurge. Pourquoi tant de cynisme ?

Du cynisme, comme vous y allez! Non, de l'ironie, peut-être une pointe de sarcasme. Ou disons du franc foutage de gueule. Comme le recommandait Muray, à qui nous empruntons ces savoureux «mutins de Panurge», la seule chose à faire, devant ce spectacle, et plus encore devant l'émerveillement qu'il suscite, c'est d'exploser de rire. Ce qui est désopilant, dans cette affaire, ce n'est pas seulement Nuit Debout, quoique pas mal des lubies de ce mouvement soient vraiment cocasses (comme le montrent les reportages savoureux de Jean-Paul Lilienfeld et de Régis Mailhot), c'est que tous les commentateurs ou presque prennent ce mouvement groupusculaire très au sérieux. Au début, ils nous expliquaient avec gravité que ces sympathiques jeunes gens (dont une notable proportion a dépassé la quarantaine) inventaient la politique et le monde de demain. Il a bonne mine le monde de demain. On dirait des adultes qui s'extasient du babil ou des premiers pas d'un enfant en parlant eux-mêmes en langue de bébé. Mêmes ceux qui se montrent critiques ou sceptiques doivent d'abord dire à quel point ils trouvent fantastique que des gens investissent des places publiques pour s'exprimer. Tant de spontanéité ne saurait être mauvaise.

Jérôme Leroy, le rédacteur en chef des pages cultures de Causeur explique qu'il a été séduit par «le désir du pas de côté, du moment pris pour respirer, parler...». Au-delà des ridicules et des naïvetés, peut-on voir dans le mouvement l'expression d'une recherche sincère et un peu utopiste de bien commun ?

Désolée pour mon cher ami Jérôme, mais il ne me suffit pas que les gens parlent, encore faut-il qu'ils aient quelque chose à dire. Cette sacralisation de la parole en toute circonstance et indépendamment de sa signification, échappe à l'entendement, en tout cas au mien. Nuit debout, c'est la fête de l'intransitivité: on parle pour parler, on lutte pour lutter. Et le bien commun dont il est question n'a, à mon avis, rien de bien et pas grand-chose de commun. Peut-être ai-je raté quelques moments de poésie, mais pour ce que j'en ai vu (de longues heures grâce à Périscope), ces palabres n'ont rien de nouveau et sont d'un niveau accablant. Un ramassis de toutes les vieilles lunes de l'extrême gauchisme, accommodées dans un fond de sauce anti-colonial, anti-israélien, anti-occidental, le tout dans une langue et avec des «concepts» d'une telle pauvreté qu'en comparaison, les slogans de 1968 sont des chefs d'œuvre. Comme le dit Alain Finkielkraut dans ce même numéro de Causeur, à Nuit debout, on n'invente pas le monde de demain, «on se paie de mots». On fait comme si, jeu d'enfant bien connu. Comme si cette agitation avait la moindre influence sur le réel. En vérité, le réel a été congédié place de la République.

Le fait qu'une partie de la «génération précaire» se découvre une conscience politique, bien que celle-ci ne soit pas très articulée, n'est-il pas finalement louable ?


Mais non! Si leur conscience politique les empêche de voir la réalité, je préfèrerais qu'ils n'en eussent pas du tout. Cette conscience politique se résume à la haine qu'on voue à un ennemi fantasmé: le blanc, le riche, surtout le triche, le capitaliste, l'exploiteur. Dominants contre dominés, méchants contre gentils. Comme le monde est simple.

L'expulsion d'Alain Finkielkraut a-t-elle été un tournant ?

C'est Le Monde qui le dit, c'est certainement vrai. En l'occurrence, Le Monde et vous avez raison. En une demi-heure, qui a dû être très désagréable pour notre ami et son épouse, le vrai visage de Nuit debout a été dévoilé, les masques sont tombés. Cette «agora citoyenne» n'existe que par l'exclusion des «mauvais citoyens». Tu ne penses pas comme moi? Dégage! La voilà votre «conscience politique»! Toute cette rage d'être ensemble, qui me paraît d'ailleurs assez suspecte, toute cette solidarité, pour rejouer l'air pénible du «tous contre un!» Et que des commentateurs se permettent ensuite d'ajouter un crachat symbolique au crachat en justifiant l'expulsion de Finkielkraut, comme ils justifient la violence des casseurs (qui répond à la violence sociale, la bonne blague, comme si les destructions amélioraient le sort d'un seul travailleur) est consternant. Mais à la différence de ces radicaux de la radicalité, nombre d'éditorialistes et de politiques ont compris que le vent avait tourné et qu'ils pouvaient prendre leurs distances.

«Ce pays est ravagé par deux violences, la violence du capital et la violence identitaire et raciste dont Alain Finkielkraut est un des premiers propagateurs» a déclaré Frédéric Lordon, l'un des principaux leaders du mouvement. Que cela vous inspire-t-il?


J'hésite entre l'hilarité et le dégoût - après tout, moi aussi je peux avoir la narine délicate.

Que ce sous-Sartre d'opérette débite de pareilles âneries ne m'étonne pas. Et qu'il ne voie pas la violence, bien réelle, qui a envoyé trois cents policiers au tapis, qui saccage et pille, ne fait que confirmer la vacuité arrogante de ce personnage qui d'ailleurs, ne se prend pas pour Sartre mais pour Lénine en octobre - alors qu'il évoque plutôt le général Alcazar.

Cela dit, il y a évidemment une brutalité du capitalisme, qui détruit les cadres de vie des gens même si en France elle est amortie par la redistribution publique. L'époque est dure. Seulement, Lordon et ses semblables ne font que lui fournir un alibi de taille, à ce capitalisme, par leur jusqu'au-boutisme idéologique. Parce que, s'il faut choisir, je préfère tout de même la violence du capitalisme à celle de la société sans classes dont rêve Lordon. Et heureusement, nous sommes pas mal dans ce cas. Quant à la «violence raciste d'Alain Finkielkraut», ces calomnies nous apprennent surtout que monsieur Lordon ne s'est jamais donné la peine de lire un livre de Finkielkraut, il préfère injurier et dénoncer. Pauvret, il ne sait pas ce qu'il perd. Quelle imposture…

L'antiracisme semble plus que jamais devenu fou. En témoigne la polémique autour de l'invitation de Black M pour les commémorations de Verdun. Devant l'indignation populaire, le concert du rappeur a finalement été annulé. Dans un communiqué, la mairie invoque des «risques forts de troubles à l'ordre public», en raison d'une «polémique d'ampleur sans précédent», lancée notamment par l'extrême droite, et un «déferlement de haine et de racisme». La ministre de la culture un «ordre moral nauséabond» et Jean-Marc Todeschini, le secrétaire d'État aux anciens combattants a même déclaré: «C'est le début du totalitarisme et je dis que c'est vraiment le fascisme qui nous attend» …

Pardon, mais là, le fou rire l'emporte. Il est vraiment tordant, votre Toedeschini, au moins autant que le maire de Verdun. Je ne sais pas ce qu'avait fumé ce monsieur Hazard quand il a eu cette brillante idée: inviter un rappeur qui tient les Français pour des kouffars, pour divertir les jeunes gens venus participer au centenaire de la bataille - sans doute pense-t-il que leur infliger tous ces discours et tout ce passé, c'est une atteinte aux droits de l'homme. En tout cas, il n'est pas redescendu depuis. Certes, Hazard a fini par reculer devant l'ampleur de la colère - et peut-être devant la perte de la scandaleuse subvention de 67.000 euros que lui avait accordée par la Mission du centenaire pour le concert. Et nous ne sommes pas peu fiers d'y avoir contribué grâce à Régis de Castelnau qui a été l'un des premiers à porter le fer. Mais ne croyez surtout pas que ces gens-là aient compris qu'ils avaient commis une sacrée bourde révélant à quel point ils ne savent rien de ce pays. Non, ils ont reculé uniquement par peur. Bref, ils cumulent la bêtise et la lâcheté.

Tout de même, «le fascisme qui nous attend», ce n'est pas rien!

Oui, c'est aussi ce que raconte notre confrère Laurent Joffrin dans Libé qui voit dans l'annulation de ce «moment de détente et de fraternisation» pour quelque 4 000 jeunes Français et Allemands, à l'issue de plusieurs jours d'activités mémorielles» une «victoire de la fachosphère». Si ça lui fait plaisir et puisque les mots n'ont plus aucun sens, quelle importance? La bonne nouvelle, c'est que l'intimidation ne marche plus du tout. Le chantage au fascisme ne passera pas! Qu'on se le dise! En janvier, Elisabeth Badinter a courageusement ouvert la voie et proclamé qu'on ne nous ferait plus taire avec le mot «islamophobie». La gauche terranoviste en déroute peut traiter la France entière de tous les noms d'oiseaux - raciste, fasciste, réac….-, ça n'a aucun effet et ça ne lui rendra pas son crédit.

Nuit Debout est-il aussi le symptôme d'un malaise français?

C'est l'un des très nombreux symptômes, pas le plus important, ni le plus intéressant, mais l'un des plus bruyants et des plus médiatiquement compatibles. Pour entretenir les journalistes dans leurs fantasmes pseudo-progressistes et multiculturalistes (quoi que Nuit debout soit moins mélangé que ne le voudraient ses admirateurs), c'est mieux que le livre de Géraldine Smith sur la rue Jean-Pierre Timbaud.

Dans le dernier numéro de Causeur, figure également un excellent dossier sur les campagnes perdues de la République. On est très loin de Nuit debout. Existe-il plusieurs France aujourd'hui?

C'est évidemment vrai de toutes les sociétés. Il y a des populations urbaines et d'autres rurales, des classes plus ou moins bien nanties etc. Ce qu'on sait, grâce à Christophe Guilluy et quelques autres, c'est qu'il y a une France qu'on a complètement oubliée parce qu'elle ne passe pas à la télé. Cette France que montrent talentueusement Daoud Boughezala et Jean Clair dans Causeur, qui est aussi celle que défend Denis Tillinac dans L'âme de la France, ne se résigne pas à disparaître. Et pardon pour cette remarque boutiquière, mais elle compte infiniment plus de divisions que Nuit debout. Qui je le répète, est bruyant mais groupusculaire.

La jeunesse oubliée des campagnes et celle précarisée des centres-villes n'ont-elles vraiment rien à se dire?

L'important n'est pas de savoir si elles se parlent, mais si on leur parle. Si la nation, donc l'Etat qui la représente et les élus qui la gouvernent ont quelque chose à leur dire. De ce point de vue, la jeunesse précarisée des villes et des banlieues est bien servie. On la flatte, on la plaint, on l'encourage, bref, on la noie sous les paroles au point, sans doute, de l'enkyster dans le ressentiment. Quant à la jeunesse des campagnes et des no man's land périurbains, celle qui vote souvent FN, on ne lui parle pas puisqu'elle n'existe pas. Les gens qui n'ont que le mot «souffrance sociale» à la bouche se fichent éperdument de celle de cette France trop désespérément française à leurs yeux. L'ennui, c'est que, tant qu'on n'aura pas supprimé le peuple, il continuera à voter - et de plus en plus, à «mal voter». Et puis, dans six mois, quand les révolutionnaires d'opérette et les vrais vandales auront plié bagage, les postiers, les pompiers, les infirmières et les ouvriers postés passeront encore leurs nuits debout.

notes

Elisabeth Lévy est journaliste et directrice de la rédaction de Causeur. La denier numéro du magazine s'intitule, Nuit debout, le grand soir des mutins de Panurge

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