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Vendredi, 13 Août 2010
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Médiocrités politico-médiatiques
Philippe Randa
Politique
Médiocrités politico-médiatiques
La France aurait les dirigeants qu’elle mérite, dit-on souvent. En tous cas, elle a ceux qu’elle a élu… et Nicolas Sarkozy l’a emporté haut les urnes voilà trois ans, personne ne le contestera. Que son bilan soit contesté, voire surtout contestable, est un autre débat.

Débat que certains hissent au niveau de ces medias que des lecteurs méritent tout autant. En tout cas qu’ils achètent.

La dernière Une de l’hebdomadaire Marianne se voulait provocante avec son titre explicite sous la photo du locataire de l’Élysée : “Le voyou de la République” ; sous-titre : “Xénophobe et pétainiste ?”

Provocante par l’insulte et la référence historique. Coup double pour un succès de vente espéré… et obtenu au-delà de tous mérites : ce numéro de l’hebdomadaire fondé par Jean-François Kahn s’est tant vendu qu’il a vite été introuvable en kiosque. Mieux encore que s’il avait publié des photos croquignolettes de people en petite tenue, voire sans tenue du tout.

La droite s’en est aussitôt offusquée comme il se doit, mais sans doute est-elle ravie de cette affaire qui, après celle du saccage du village de Saint Aignan dans le Loir-et-Cher par une tribu de bohémiens, permet de faire à nouveau oublier un peu plus le scandale politico-affairiste de l’été, soit les largesses financières de dame Bettencourt…

L’insulte est donc en passe de devenir l’argument le plus prisé du débat public. Le plus vendeur, en tout cas.

Certains rétorqueront que Nicolas Sarkozy n’avait qu’a montrer l’exemple en évitant d’insulter en public ses détracteurs. A-t-on oublié qu’en visite au Salon de l’agriculture le 23 février 2008, son bain de foule obligé avait dérapé lorsqu’un visiteur lui lança : “Ah non, touche-moi pas”, qu’il rétorqua : “Casse-toi, alors”, puis “Casse-toi alors, pauvre con” après que le même badaud lui ai asséné, avec mépris : “Tu me salis”.

D’autres rappelleront que l’injure en politique ne date pas de cette première décennie du XXIe siècle et qu’il suffit d’ouvrir un numéro fameux du Crapouillot titré “Les Injures politiques” (n°45, 1977) pour avoir un florilège des joyeuses apostrophes et sympathiques noms d’oiseau dont se sont à travers tous les âges gratifiés entre eux les dignes représentants du peuple français et les hérauts de l’information.
Notre époque a les dirigeants politiques et les medias qu’elles méritent, soit. Mais il en fut une autre, pourtant, où l’on se détestait tout autant, se combattait tout autant, “s’assassinait” plus sûrement encore, mais avec un esprit autrement plus élevé.
Rappelons-nous le polémiste Élie Fréron qui fonda L’Année littéraire : il s’y attaqua principalement à François Marie Arouet, dit Voltaire qu’il avait déjà décrit dans les Lettres sur quelques écrits du temps ainsi : “Sublime dans quelques-uns de ses écrits, rampant dans toutes ses actions.”

Mal lui en pris sans doute car si Élie Fréron est encore connu de quelques érudits, c’est surtout pour ces quelques vers impitoyables que lui décocha le célèbre philosophe :

“L’autre jour au fond d’un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron ;
Que croyez-vous qu’il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva.”

Au moins, Élie Fréron peut-il se consoler d’avoir eu un tel ennemi pour l’éternité. Nul doute qu’il le méritait.

L’actuel président de la République française mérite-t-il l’hebdomadaire Marianne ?

Hélas…
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