L’Australie, pays libéral et démocratique s’il en est, dispute à la République de Chine, depuis janvier 2009, le titre, peu envié, de pays où la censure sur internet est la plus forte.
En novembre 2008, on apprenait soudain que Stephen Conroy, le ministre australien des Communications et de l’économie numérique, avait l’intention de mettre en place, dès les premiers mois de 2009, un système de censure à double niveau. Un premier, désactivable, visant à empêcher les enfants de tomber sur des contenus « dangereux et inappropriés », un second, obligatoire pour tout internaute, bloquant les contenus illégaux « mais aussi d’autres contenus indésirables ».
En décembre 2008, le ministre remettait aux fournisseurs d’accès à Internet et opérateurs télécom nationaux un document leur faisant obligation de bloquer une liste noire de plusieurs milliers de sites établie par une autorité gouvernementale, l’Acma (Australian Communications and Media Authority).
Tout cela dans la plus parfaite obscurité médiatique puisque la liste des sites bloqués était … secrète et que révéler le nom et l’adresse internet de ceux qui y figuraient était passible d’une amende de 11.000$ (canadiens) par URL. Une fuite c’est cependant produite au bénéfice de Wikileaks, la bête noire du gouvernement australien, spécialisée dans la publication de documents confidentiels. La réponse de l’administration a été simple, non seulement ses animateurs ont écopé d’une amende astromonique mais, en plus, Wikileaks lui-même a été ajoutée à la liste noire… et les nombreux sites faisant un lien avec lui ont été menacés à leur tour de devoir payer une amende s’il ne supprimait pas son référencement.
Wikileaks a cependant permis que l’on découvre ce que contenait la fameuse liste. Essentiellement de la pédo-pornographie, mais pas uniquement car tout le vice de la décision australienne repose dans la précision qu’elle peut viser « d’autres contenus indésirables. » Ainsi, la liste noire incluait des sites de jeux en ligne, d’autres vendant des jeux vidéos considérés comme trop violents et, dans la parfaite logique du système, des blogs politiquement incorrects et des sites militants contre l’avortement… Pire, y figuraient un cabinet de dentiste, une pâtisserie, un loueur de chariots élévateurs et une pension pour chiens dans le Queensland… malheureuses victimes de dénonciation calomnieuse ou de règlement de comptes !
Or, et c’est là qu’il convient d’être inquiet et vigilant, l’Australie semble bien être le banc d’essai d’une politique mondiale du filtrage d’internet. Un décalque de sa loi a déjà été adopté en Thaïlande – où sous le prétexte de lutter contre la pédo-criminalité la censure a permis de faire disparaître plusieurs centaines de sites hostiles à l’actuel gouvernement – et le Canada s’apprête à faire de même. On sait aussi qu’en France, le projet de loi Lopsi 2 en est partiellement inspiré.
Internet, pour qui sait s’en servir, est un espace de liberté et une incontestable arme de réinformation pour les dissidents qui n’ont pas accès aux grands médias. On comprend sans mal que cela chagrine ceux qui nous dirigent. Alors, d’Acma en Lopsi, il se pourrait bien que demain le net soit totalement aseptisé, sans sites à connotations sexuelles déviantes, sans site illustrant l’ultra-violence, mais aussi, et surtout, sans aucun site politique non-conforme !