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Mardi, 3 Février 2004
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Pierre Kropotkine et Muammar al-Kadhafi, une comparaison
Said Gafourov
Théoriciens :: Autres
Dans le dernier quart du vingtième siècle, la Libye a été au centre de l’attention mondiale. Des politiques étrangère et intérieure non-orthodoxes, son défi aux pays développés, avec une position géographique stratégique et de grandes ressources minérales (pétrole principalement), attirent un intérêt particulier en comparaison avec d’autres pays du Tiers Monde. L’un des traits les plus caractéristiques du pays a été la Théorie du Tiers Monde, développée par le Guide de la Révolution libyenne, le colonel Muammar Kadhafi, qui fut introduite comme une alternative à la fois aux idéologies capitaliste et au communiste (c’est-à-dire le socialisme réel). Cette « nouvelle philosophie » ne fut pas seulement activement mise en œuvre en théorie et en pratique en Libye mais fut aussi considérée comme la plus efficace pour d’autres pays en voie de développement. Des pays comme le Bénin ou le Burkina Faso utilisèrent des éléments de la Théorie du Tiers Monde dans leurs idéologies gouvernementales.

De nombreux spécialistes occidentaux considérèrent l’idéologie de Kadhafi comme quelque chose de spécifiquement oriental, étrangère au système de valeurs occidental et se trouvant en-dehors du courant principal des philosophies à la fois occidentale et orientale ; ou comme une simplification d’une « philosophie marxiste » déjà simplifiée ; ou comme un « socialisme réel » adapté aux « princes socialistes tribaux ». D’un autre coté, certains penseurs du Tiers Monde comme Sami Hajjar supposent que le système de valeurs de Kadhafi se trouve à l’intérieur du cadre des traditions philosophiques remontant au « Contrat Social » de Rousseau.

En 1973, le Ministère de l’Information et de la Culture de Libye publia un pamphlet : « La Théorie du Tiers Monde : le saint concept de l’Islam et la Révolution populaire en Libye ». La théorie fut ultérieurement développée dans le pamphlet de 1974 « Les principes de la Théorie du Tiers Monde ». A la fin des années 70, Kadhafi publia les trois parties du « Livre Vert » bien connu, résumant et systématisant sa théorie.

De notre point de vue, la possible influence (directe or indirecte) des idées de l’anarchisme européen et russe sur Kadhafi est au moins digne d’être discutée.

Au 19ème siècle, le terme « anarchisme » était utilisé pour définir un assez large mouvement intellectuel et politique. Des penseurs aussi divers que Proudhon, Stirner, Bakounine, Léon Tolstoï, Kropotkine et beaucoup d’autres déclarèrent leur solidarité avec l’anarchisme en tant que théorie socio-philosophique. Bien que leurs idées philosophiques étaient assez différentes, tous avaient une chose en commun – ils croyaient tous que la principale cause de l’injustice, de l’oppression sociale et de l’exploitation d’un être humain par un autre était l’Etat et ses institutions politiques.

La vision de Kadhafi de la société socialiste a été résumée comme suit :

« 1) Le but de la société socialiste est le bonheur de l’homme, qui peut être réalisé seulement par la liberté matérielle et spirituelle.
2) Les besoins matériels de tous doivent être assurés, à l’abri de l’intervention arbitraire.
3) L’inégalité de la richesse, des revenus et du statut social doit être modeste. La richesse en excès pour les besoins privés doit être propriété publique, pas privée.
4) L’homme doit trouver son accomplissement dans son travail, pas seulement par le revenu qu’il en retire. »

Peter Kropotkine – le fondateur de l’anarcho-communisme et l’un des théoriciens les plus respectés de l’anarcho-syndicalisme – a défini l’un des droits humains les plus importants : le droit au bien-être qui est « la possibilité de vivre comme un être humain et d’avoir des enfants », « au-dessus du pain et au-dessus du bien-être, au-dessus de la propriété collective, nous pouvons voir venir un nouveau monde – un monde où nous pourrons nous aimer les uns les autres et satisfaire nos désirs estimables et nobles pour l’idéal … où il ne pourra pas y avoir de riche et de pauvre … un travailleur travaillerait pour ce qui est meilleur pour lui, un chercheur ferait ses travaux sans limitations, un artiste ne profanerait pas son idéal de beauté pour de l’argent ».

Ainsi nous pouvons voir que les buts sociaux ultimes de Kadhafi et de Kropotkine sont similaires. Cependant, il y a encore plus de corrélations dans les détails.

La première partie du Livre Vert (1976) commence par une description et une critique sévère du système social et politique bourgeois traditionnel. Il est important de mentionner que la méthodologie de cette critique est assez similaire à celle de Kropotkine ou de Bakounine. Dans l’introduction de la première édition française du livre de Kropotkine, « Pain et Liberté », nous lisons : « le premier livre de Kropotkine ‘Paroles d’un révolté’ fut principalement consacré à la critique sévère de la société bourgeoise immorale et mauvaise et en appelait à l’énergie des révolutionnaires pour lutter contre l’Etat ».

D’après Kadhafi l’instrument ou le moyen de contrôle sociétal (c’est-à-dire l’Etat) est le principal problème politique qui s’est toujours posé à l’humanité. La lutte pour les « instruments de contrôle » a toujours conduit à la victoire d’un individu ou d’un parti ou d’une classe et à la défaite du peuple, affirme Kadhafi.

« Les parlements ont été une barrière légale entre le peuple et l’exercice d’exclure les masses de la politique significative et de monopoliser la souveraineté à leur place ». Kadhafi conclut que « C’est donc devenu le droit du peuple de lutter par la révolution populaire pour détruire les instruments comme les dénommées assemblées parlementaires qui usurpent la démocratie et la souveraineté et qui étouffent la volonté du peuple » - cette déclaration répond aux fameux slogans des anarcho-terroristes modernes comme « Si la société bourgeoise mauvaise utilise la violence sous le nom de justice, la justice du prolétariat est la violence ».

Parlant généralement, pour les anarchistes tout le système de démocratie représentative était l’objet de leur violente critique sans compromission. Bakounine décrivit une république parlementaire comme un « quasi-Etat de quasi volonté populaire, qui est supposé être représentée par des quasi-représentants dans des rassemblements quasi-populaires ».

Kropotkine niait l’idée que l’Etat soit nécessaire – il le considérait comme « une superstition, qui joue le rôle du Destin dans les relations entre les gens », et il pensait que l’auto-organisation de petites communautés unies sur une base fédérale était la structure qui devait remplacer l’Etat qui est un « appareil de violence ».

Il affirmait que le but de « trouver un Gouvernement qui peut faire obéir les gens, tout en faisant obéir la société » n’était pas réalisable, et soulignait que « la société tente de se libérer par tous les moyens possibles de toute sorte de gouvernement et de satisfaire ses besoins avec des accords libres entre les individus et les groupes, recherchant un seul but ».

Nous pouvons voir ici que les idéaux politiques de Kropotkine reviennent au « Contrat Social » de Rousseau dont il avait une haute opinion.

Nous pouvons dire que Kadhafi et Kropotkine voient tous deux la principale contradiction interne dans les sociétés existantes comme étant la contradiction entre la société et l’Etat. Tous deux utilisent le concept des « masses populaires » qui sont les forces motrices des révolutions sociales ; les masses ne sont pas divisibles en strates, en classes, en groupes ethniques, confessionnels et professionnels. D’après Kropotkine, l’anarchie était « plus ou moins le reflet de l’idéal des masses ». Kadhafi utilise le terme de « peuple », et l’autorité du Peuple en général en tant qu’entité indivisible est une alternative au vieil ordre politique injuste.

Peut-être pouvons-nous dire que les réalités sociales en Libye et en Europe durant la grande Révolution Française qui déterminèrent en fait l’idéologie de l’anarchie étaient assez similaires. La stratification sociale de la société était faible dans les deux cas. L’unification anti-féodale de tout le Tiers Etat en France qui incluait l’écrasante majorité des groupes sociaux, était structurellement proche de l’unité de tous les Libyens s’opposant au pouvoir royal faible et discrédité et aux milieux d’affaires des petits compradores.

D’un autre coté, la polarisation et l’auto-identification ultérieure des différents groupes sociaux : prolétariat, petite bourgeoisie, bourgeoisie de la finance et du commerce, paysans, etc., doit être et est en effet entrée en conflit avec leur intégration dans une société civile unifiée. Kadhafi a dit une fois que « Si la Révolution fait une erreur, la révolution doit être corrigée ». Cela fut dit au moment de contradictions sociales cruciales entre une bourgeoisie émergente et les Comités Révolutionnaires qui représentaient les intérêts de la société intégrée dans une époque de révolution anti-coloniale et anti-féodale.

Le système des Congrès et des Comités du Peuple qui du point de vue de Kadhafi est « la seule voie vers la démocratie authentique » est vraiment proche de l’esprit tout comme de la lettre de la compréhension de Kropotkine d’une future auto-organisation de la société. Un peuple se contrôle lui-même – c’est l’essence de la démocratie d’après Kadhafi. En d’autres mots, le modèle politique est une forme non-étatique de pouvoir populaire qui est l’idéal de l’anarchisme.

« Pain et Liberté » de Kropotkine est basé dans une large mesure sur le concept que la principale fonction de la société est de créer et de re-créer des valeurs matérielles pour le plein et multiple développement d’un individu libre. Le principal slogan de l’anarchisme est « liberté pour chacun, bien-être pour tous » et Kropotkine écrit que « en économie politique, on doit avant tout étudier le chapitre sur la consommation ». Kadhafi, à son tour, pense que les seuls buts « légaux » de l’activité économique sont de satisfaire les demandes humaines et il débute aussi la discussion des questions économiques par le problème de la consommation.

La similarité des idées de la seconde partie du Livre Vert (consacrée aux questions économiques) et des vues anarchistes est assez surprenante – même la structure des chapitres de la seconde partie de « Pain et Liberté », par exemple, en est très proche.

La pratique de la Jamahiriya en Libye correspond aux idées des anarcho-communistes. La description théorique de la société idéale de Kropotkine – une fédération de communautés auto-contrôlées – pourrait être une description théorique du système des districts de la Jamahiriya que Kadhafi tenta de mettre en œuvre lors de la première étape de la transformation révolutionnaire en Libye. Le but du penseur russe tout comme de la pratique arabe était l’élimination des « relations sociales injustes ». « Celui qui possède la maison où vous vivez ou le transport que vous utilisez ou l’argent avec lequel vous vivez, possède une partie ou la totalité de votre liberté. La liberté est indivisible et pour être heureux un être humain doit être libre ».

Cette affirmation aurait pu être faite par un théoricien de l’anarchie mais elle appartient à Kadhafi. A son tour, Kropotkine écrit : « Dans les faits, dans un Etat moderne le plus grand obstacle au développement et au maintien du niveau moral, à la nécessaire vie en société, est l’absence d’égalité sociale … ‘Sans égalité dans la réalité’, comme ils disaient en 1793, le sens de la justice ne peut pas devenir propriété commune. La justice doit être égale pour tout le monde et dans notre société … le sens de l’égalité connaît une défaite à chaque pas … nous ne pourrons trouver la justice que dans une société d’égaux ».

D’après Kadhafi une nouvelle société socialiste est « une société qui est absolument libre. Cela ne peut être réalisé que par la satisfaction des demandes matérielles et spirituelles d’un être humain en libérant ces demandes de l’oppression d’autres gens ».

Lorsqu’il définit les buts de l’activité économique nécessaire pour la transformation de la société, Kropotkine souligne trois éléments principaux :

« 1) élimination du salaire payé par un capitaliste à un travailleur, parce que c’est une forme moderne de l’ancien esclavage et la propriété ‘krepostnoïe’ d’un être humain ;
2) élimination de la propriété privée pour tout ce qui est essentiel à la société pour la production et l’organisation sociale des produits de l’échange ; et finalement,
3) élimination pour l’individu et la société de cette forme d’oppression sociale : l’Etat – qui sert au maintien et à la continuité de l’esclavage économique. »

Kadhafi mentionna que « ceux qui vendent leur puissance de travail quel que soit leur salaire, sont une variété d’esclaves », parce qu’ils ne travaillent pas pour leur propre bénéfice mais pour le bénéfice de ceux qui les embauchent. De cela vient ce changement de forme de propriété avec le passage d’un propriétaire à un autre, qui, même si c’est un Etat de la classe ouvrière dans la tradition marxiste, ne garantit pas les droits du travailleur dans le processus de production.

Le concept de Kadhafi est que dans la Jamahiriya, les relations entre les gens en termes de propriété sont des partenariats pour la gestion de la propriété commune. Le même concept fut avancé par les anarchistes avec leur fameux slogan : « tout appartient à tout le monde ». Kadhafi pense que la solution de ce problème peut être trouvée par l’élimination du salaire, et donc la libération de l’humanité de l’esclavage, et un retour aux « règles naturelles » qui déterminaient les relations entre les gens avant l’existence des classes, des gouvernements et des lois. Le slogan officiel de la Jamahiriya est « pas d’employés, mais des partenaires ».

Kropotkine qualifiait aussi de « naturelle » cette approche des relations entre les êtres humains dans le processus de production.

L’approche de la distribution et de l’échange de biens est similaire pour ces deux penseurs. Tous deux utilisent une analogie avec un supermarché ou une boutique où « chaque être humain doit prendre dans les stocks communs exactement ce qui est nécessaire à ses besoins ».

Il est intéressant que tous deux sont opposés à la division du travail, la considérant comme inutile.

Il est intéressant de comparer les structures économiques réelles dans le Gulay-Pole et en Libye. Nous pouvons remarquer que pour l’agriculture, Nestor Makhno et Kadhafi conduisirent la même politique. Tous deux tentèrent d’encourager la ferme individuelle avec tous les moyens dont ils disposaient. En tant que théoricien, Kropotkine fut encouragé par le développement agricole des fermes privées américaines dans les années 1890 et parvint à la conclusion que les petites fermes étaient historiquement progressistes et qu’elles devraient s’unir pour fournir les emplois nécessaires à tous. Cette idée venait de la tradition russe faisant la louange de l’« Obshina » comme alternative à l’ordre capitaliste. L’« Obshina » était un idéal commun des égalitaristes russes traditionnels comme Lavrov, Tkachev ou Hertzen.

La troisième partie du Livre Vert, qui fut publiée en 1979, était consacrée aux problèmes sociaux. Kadhafi pense que le principal moteur de l’histoire humaine est une lutte entre les groupes sociaux et nationaux (en tant que partie du social) pour la domination de l’un sur l’autre. Et cette lutte ne peut se terminer que par l’élimination complète de l’oppression d’un groupe social par un autre groupe ou un autre individu.

De ce point de vue ses idées sont très proches des idées anarchistes. Kropotkine, décrivant la société future, parlait de « communautés libres, agricoles aussi bien qu’urbaines [c’est-à-dire des unions locales de gens liés les uns aux autres du fait de leur lieu d’habitation] et de vastes unions professionnelles et d’artisans (c’est-à-dire des unions de gens par le caractère de leur travail) et des communautés étroitement liées les unes aux autres … En même temps que ces formes d’organisation sociale des milliers de sociétés et d’unions de toutes sortes apparaîtront à cause d’une unité de préférences privées résultant d’intérêts communs : sociales, religieuses, artistiques, scientifiques et celles qui ont pour but l’éducation, la recherche ou même simplement la distraction ».

Les districts de la Jamahiriya en Libye sont très similaires à l’idéal de l’anarcho-communisme. Kadhafi spécifie les formes traditionnelles d’unification des êtres humains : famille, tribu et nation. Le principal facteur pour une société harmonieuse avec l’élimination des conflits internes entre individus est la famille.

Un individu doit s’épanouir dans sa famille d’une manière naturelle. Nous pouvons voir ici l’influence du concept de Jean-Jacques Rousseau du « droit naturel du père » qui est très différent de tous les autres droits qui existent en résultat du Contrat Social.

Une structure sociale plus large qui inclut des familles est la tribu. Kropotkine utilisait le terme de « communauté locale ». Les fonctions sociales des tribus dans la société nomadique de Libye et des communautés locales dans les sociétés européennes sont, dans une certaine mesure, similaires. Toutes deux permettent la coexistence des familles et sont supposées supprimer les conflits. L’opinion de l’auteur est que dans ces deux théories se trouvent des réalités et des structures sociales similaires avec des fonctions très importantes qui sont discutées en des termes différents.

Il est intéressant de mentionner les termes que les deux penseurs utilisent. Kropotkine appelait sa théorie « anarcho-communisme ». Cependant, en parlant des précédents de l’anarchisme il rappelait un terme inventé par l’historien russe Kostomarov : « Narodopravstvo » (« gouvernement du peuple ») pour les républiques féodales de Novograd et de Pskov. Ce mot russe artificiel est probablement la meilleure traduction russe du mot arabe « Jamahiriya ».

D’un autre coté, ni les anarchistes ni Kadhafi n’étaient très préoccupés de la correction académique des termes, aux dépens de leur sens politique. La charge sémantique du mot « anarchisme » ainsi qu’une mauvaise traduction de ce mot en arabe empêcha Kadhafi, qui n’avait probablement pas eu accès à la littérature anarchiste, de choisir ce terme pour son concept.

Il y a deux différences de base entre la philosophie du Livre Vert et celle de Kropotkine.

Avant tout il y a l’interprétation du concept de « loi naturelle ». Les anarchistes acceptaient la thèse de Rousseau que toutes les institutions sociales résultent du Contrat Social et qu’il n’y a pas de normes et de règles naturelles de régulation des relations entre les gens et les coutumes. Les traditions sont clairement non-absolues et sont sujettes au changement.

D’un autre coté Kadhafi souligne que « les lois de la société sont l’héritage sacré de la société ». Il veut dire qu’elles forment une réalité objective qui a ses racines dans la religion et dans les traditions de la société.

L’attitude envers la religion est l’autre grande différence. Kropotkine est clairement un rationaliste, un matérialiste et un athée. La religion est un moyen d’exploitation par l’Etat et les classes dirigeantes. Néanmoins, Kropotkine était très tolérant concernant la foi individuelle et parlait d’unions religieuses dans la société idéale.

Pour Kadhafi, au contraire, la religion a une valeur intrinsèque et est l’un de ces fondements de base de la société, qui ne doivent pas être critiqués. L’auteur pense que la raison de cette différence se trouve dans la différence concrète des fonctions politiques de la religion dans les pays chrétiens et islamiques.

Dans les pays islamiques, l’Islam n’a jamais été une force politique séparée – plus exactement les pouvoirs religieux et séculier sont inséparables. Seul l’Islam donne une légitimité aux gouvernants. Kadhafi, en réaliste, comprit cela et utilisa l’Islam comme un moyen de stabiliser l’unité de la société en utilisant les traits égalitaires de l’Islam.

Cet aspect de sa pratique se reflète dans le Livre Vert : pour le développement fécond d’une nation, il doit y avoir une religion unificatrice et ainsi le facteur social (c’est-à-dire la nationalité) correspond au facteur religieux, et donc la stabilité de la nation est accrue. Cependant, nous pouvons mentionner qu’au début les oulémas (théologiens) traditionalistes s’opposèrent à la nouvelle théorie et que l’appareil de propagande officiel de Kadhafi utilisa même la métaphore d’une lutte entre le Livre Vert et les livres jaunes (traditionnellement, la littérature religieuse dans le monde arabe est publiée sur du papier jaune).

Dans cet article l’auteur a tenté de décrire quelques similarités entre les idées de l’anarcho-communisme et la Théorie du Tiers Monde.

Si nous acceptons l’hypothèse de l’auteur, l’opinion habituelle selon laquelle l’anarchisme est une théorie qui n’a jamais été mise en œuvre dans la pratique pendant une période de temps raisonnable, doit être reconsidérée. Une analyse du développement social et économique de la Jamahiriya libyenne peut devenir une analyse de la première tentative relativement long d’appliquer des idéaux proches ou parfois similaires à ceux de l’anarchie. Ainsi nous pouvons définir la Libye comme une entité anarchiste.

La correspondance entre les vues basiques de Kadhafi et de Kropotkine en particulier pourrait, en théorie, être accidentelle. Cependant, nous pensons que des idées ressemblant à celles des anarchistes apparaissent inévitablement dans les pays ayant une stratification sociale moins développée mais qui sont dans un processus pour rejoindre l’économie capitaliste mondiale – comme la Russie, l’Espagne et la France au 19ème siècle ou la Libye au 20ème.

Nous ne pourrons peut-être jamais savoir si Kadhafi a accepté les idées anarchistes ou si le climat socio-politique en Europe à la veille du 20ème siècle et celui de la Libye dans la seconde partie du 20ème siècle se ressemblaient. Mais nous pouvons dire que l’éducation de Kadhafi témoigne plutôt en faveur de la première hypothèse.

Kadhafi put difficilement avoir accès aux textes de Proudhon, Bakounine ou Kropotkine pendant ses études au collège militaire de Benghazi, mais il suivit des cours d’histoire à l’Université Royale de Benghazi où il dut prendre connaissance des théories des Lumières.

Les idées de Kropotkine et de Kadhafi sur le rôle de l’Etat et les questions basiques de l’économie sont similaires. Les différences sur les questions du domaine social sont souvent liées à la terminologie et aux différences socio-culturelles.
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