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Vendredi, 14 Mai 2004
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Savitri Devi et la religion nationale-socialiste de la Nature
Jeffrey Kaplan
Spiritualités :: Alternatives religieuses
La nature, dans la religion américaine de la nature, est un point de référence pour penser l’histoire. Sa sacralité masque – et révèle souvent très explicitement – un intérêt passionné pour la place et l’autorité dans la société. (Catherine Albanese) [1]

Tu aimeras Dieu en toutes choses, animaux et plantes. (Alfred Rosenberg) [2]
__________________________________________________________________________

La citation du Pr. Albanese qui ouvre cet article rend parfaitement l’impératif de domination de la Genèse 1 : 26 ; une force permanente dans l’histoire de la religion américaine, et un élément important dans la religion américaine de la nature [3]. Pourtant la religion américaine, comme le projet américain lui-même, a toujours été une entreprise optimiste, et la religion de la nature telle qu’elle est décrite dans Nature Religion in America est remarquablement bienveillante.

Cet article argue, cependant, que la religiosité de la nature peut avoir son coté obscur, car le national-socialisme aussi était une religion de la nature qui fut construite sur le roc de courants particuliers de la philosophie allemande romantique et occulte du dix-neuvième siècle. En effet, le national-socialisme allemand fournit un cas d’école pour la formule selon laquelle la sacralité d’une religion de la nature « masque – et révèle souvent très explicitement – un intérêt passionné pour la place et l’autorité dans la société. Pour illustrer cette thèse, nous pouvons d’abord regarder brièvement les racines philosophiques du national-socialisme allemand. Le principal de notre discussion, cependant, sera consacré aux ouvrages de Savitri Devi, une véritable croyante du national-socialisme dans les années 30, dont les écrits d’après-guerre posèrent les fondements de la religion nationale-socialiste moderne de la nature – une religion dans laquelle l’impulsion pour contrôler le monde naturel est explicitement désavouée. Finalement, cet article suggérera que le travail de Devi pourrait agir comme un pont pour une convergence entre les adhérents des croyances nationales-socialistes et le monde fortement antiraciste de l’écologie profonde et de la libération animale [4].

Les racines de la religion nationale-socialiste de la nature

En remplaçant le culte de Dieu par le culte de la nature, et en combinant le modèle darwinien de la sélection naturelle avec une conception organique de l’âme « populaire » de la nation allemande, l’école du 19ème siècle de la philosophie romantique allemande apporta une énorme contribution à la création du national-socialisme allemand. Dans ce processus, l’œuvre de Johann Herder, Johann Fichte, et plus tard Ernst Haeckel fut fondatrice pour la création de la religion nationale-socialiste de la nature [5]. Les écrits de Haeckel sont d’une importance particulière, car ce furent le rejet explicite par Haeckel de la conception chrétienne de Dieu, sa focalisation sur la sacralité du sang allemand et sa taxonomie concomitante des races qui devaient être d’une importance clé pour la création de la philosophie nationale-socialiste. En effet, Haeckel alla plus loin, créant une religion explicite de la nature, la Ligue Moniste Allemande, qui avec le temps développa un ensemble de rituels basé sur un renouveau imaginatif de pratiques païennes allemandes – incluant un culte solaire explicite – qui précéda le renouveau dans l’après-guerre de ce que Jung appela le Wotanisme [6]. D’après Edvard Lind :

Les écrits de Haeckel furent largement distribués et auraient une grande influence. Le monisme s’étendit aux groupes radicaux non-chrétiens, païens et proto-nazis qui partageaient aussi le désir d’une nouvelle foi allemande pour le peuple allemand. D’importants occultistes comme Guido von List et Jörg Lanz von Liebenfelds furent
influencés par le concept de lutte biologique et le besoin de purifier la race pour éviter la détérioration de la race allemande. [7]

Le national-socialisme allemand accepta les vues de Haeckel, mais ajouta une insistance particulière sur l’antisémitisme [8]. Pour les nazis, le national-socialisme était la plus haute expression de la loi naturelle. La vie était une lutte pour la survie entre les races et les peuples, et les Juifs étaient décrits en termes totalement manichéens comme une force surhumaine qui devait être écrasée pour assurer la survie du peuple allemand et de la race aryenne [9]. A cette base philosophique s’ajouta la propre sollicitude d’Hitler envers les animaux et son désir annoncé d’adopter finalement pour lui-même – et pour la nation allemande – un régime végétarien. Dans une entrée de son journal, datée du 26 avril 1942, le Dr. Joseph Goebbels écrivit :

Une partie importante de notre conversation a été consacrée par le Führer à la question végétarienne. Il croit plus que jamais que consommer de la viande est erroné. Bien sûr, il sait que durant la guerre nous ne pouvons pas complètement bouleverser notre système alimentaire. Après la guerre, cependant, il a l’intention de s’attaquer à ce problème aussi. Peut-être a-t-il raison. Certainement les arguments qu’il avance en faveur de son point de
vue sont convaincants. [10]

Comme le national-socialisme était considéré comme étant en accord avec la loi de la nature, et comme les actions et l’idéologie national-socialistes étaient destinées à prendre le contrôle de la destinée allemande, la religion nationale-socialiste de la nature constituait l’expression ultime de la sacralité masquant « un intérêt passionné pour la place et l’autorité dans la société ».

Savitri Devi et la religion nationale-socialiste de la nature

Nicholas Goodrick-Clark a remarqué avec quelque raison que Savitri Devi aimait les animaux nettement plus que les gens [11]. En même temps cependant, la puissante vision par Savitri Devi d’une religion nationale-socialiste de la nature sert non seulement d’appel à l’humanité pour abandonner la conception de la domination sur la nature, mais aussi de passerelle entre les mondes de l’écologie profonde et de la libération animale et les adhérents des croyances racialistes néo-nazies.

En fait, l’œuvre de Devi connaît un renouveau considérable dans la sous-culture nationale-socialiste contemporaine. Ses livres ont non seulement commencé à réapparaître, comme dans l’édition de Impeachment of Man par la Nootide Press, mais des travaux qui parurent à l’origine dans des numéros de « National Socialist World » au début des années 60 sont réédités et redistribués par plusieurs maisons d’édition nationales-socialistes. En effet, le prochain numéro de la publication nationale-socialiste britannique « Column 88 » sera consacré à Devi et reproduira des extraits de plusieurs de ses livres [12]. Il semble que ce ne soit qu’une question de temps avant que, en accord avec la théorie des milieux cultistes de Colin Campbell, des membres de la sous-culture nationale-socialiste commencent à entrer dans les secteurs les plus militants du mouvement écologiste. Il y a quelques indices anecdotiques que ce scénario est précisément en cours de développement dans les sous-cultures britannique et suédoise de la libération animale [13].

Savitri Devi, dont le nom de jeune fille était Maximiani Portas, était née le 30 septembre 1905, de parents grec et britannique. Citoyenne française, Devi obtint un doctorat en philosophie, et en 1931 une licence en chimie. La sicence, cependant, avait moins d’attrait à ses yeux que les anciennes religions et la politique contemporaine.

Déjà jeune fille, elle était très attirée par les traditions philosophiques et intellectuelles allemandes. Horrifiée par la trahison de l’Allemagne à Versailles après la Première Guerre Mondiale, ainsi que par le traitement infligé aux réfugiés grecs durant la même période, Devi décida d’en apprendre plus sur ce qu’elle percevait instinctivement comme les réalités plus profondes déterminant le cours apparemment chaotique des événements. Ce fut pendant cette quête juvénile de la connaissance cachée et étouffée que Devi acquit son aversion définitive pour le judaïsme.

L’antisémitisme de Devi fut nourri par plusieurs courants. D’abord, il y eut l’Ancien Testament qu’elle considérait comme étant rempli d’exemples de la perfidie juive. Ce sentiment serait considérablement renforcé par des récits des actions sionistes en Palestine dans les années 20. En 1929 – l’année des émeutes arabes et du meurtre d’un certain nombre de Juifs à Hébron – elle visita la Palestine et vérifia par elle-même la véracité de ces récits. De retour en France, ses études la mirent en contact avec l’antisémitisme intellectuel d’Ernest Renan. D’une importance considérable était aussi ce qu’elle percevait comme étant le rôle pernicieux des Juifs dans la défaite de l’Allemagne dans la Première Guerre Mondiale. Devi, en fait, semble avoir été l’une des rares personnes à avoir effectivement lu le livre verbeux et enflé d’Alfred Rosenberg en 1930, Le Mythe du vingtième siècle. Même le Führer confierait que bien qu’il mît le livre bien en évidence sur sa table de chevet, il le trouvait illisible [14]. Devi, cependant, était enchantée.

Dans les années 30, Devi se rendit en Inde, apprit l’hindi contemporain et l’ancien sanscrit, et entreprit ce qui se révélerait être une étude permanente des Védas et des Upanishads. D’après ces sources, et d’après leurs manifestations contemporaines dans le système des castes, Devi sentit qu’elle avait trouvé les véritables sources de la grandeur passée et future de la race aryenne. En 1940, Devi épousa un nationaliste indien pro-nazi du nom de A.K. Mukherji.

Après la défaite nazie, elle retourna en Europe en 1945, s’installant en Angleterre où son livre sur l’héritage religieux de l’ancienne Egypte, A Son of God [Un fils de Dieu], fut publié et bien reçu dans les milieux intellectuels et occultes britanniques. Cet ouvrage suivit, cependant, Impeachment of Man [La mise en accusation de l’homme], qui fut terminé à Londres et publié en 1946, et qui apparaît comme un classique du monde actuel du national-socialisme. L’environnementalisme radical, allant en fait jusqu’à une religion de la nature, a toujours été fort dans la pensée nationale-socialiste, et avec la défaite de la guerre, devint une marque du mouvement, tout autant que l’antisémitisme. Impeachment of Man demeure la plus forte affirmation de la religion nationale-socialiste de la nature, disponible aujourd’hui.

Impeachment of Man est un traité passionné sur les droits des animaux et des plantes, en opposition avec avec les intérêts égocentrique de l’homme et la destruction du monde naturel. L’argumentation est exposée en termes religieux et les textes justificatifs sont tirés de sources complètement éclectiques venant des traditions religieuses à la fois orientales et occidentales. Dans ce livre, appel ostensible en faveur des droits des animaux, Devi présente en plein épanouissement sa religion de la nature. Cette religion est composée d’un bricolage d’éléments : le national-socialisme et ses précurseurs de la philosophie allemande du dix-neuvième siècle, le pharaon égyptien Akhenaton qu’elle voit comme étant le premier à avoir créé une religion « centrée sur la vie », les Védas et les Upanishads, le bouddhisme du Bouddha historique et du roi bouddhiste indien Ashok et, remarquablement, des éléments d’eschatologie juive dans son positionnement d’Adolf Hitler comme le messie Ben Joseph dont la chute fut simplement la condition nécessaire au futur avatar national-socialiste qui achèvera l’œuvre de Hitler. Selon les mots de Devi :

[une philosophie centrée sur la vie] implique qu’il n’y ait aucune différence fondamentale dans le traitement des hommes et des animaux. Pour les individus supérieurs, comme Ashok et Harshavardhana, ou le Seigneur Bouddha lui-même, cela implique une tendre bienveillance envers les deux. [15]

Pourtant, en dépit de cette affirmation d’équité, pour Devi la bienveillance envers l’humanité ne fut jamais aussi pressante que la bienveillance envers les animaux. Ainsi, bien qu’elle n’eût aucun doute quant à la véracité des récits de l’Holocauste qui étaient en train de se répandre alors qu’elle rédigeait Impeachment of Man, elle demeure insensible :

La seule chose que la propagande fit – au lieu d’éveiller en moi la plus légère indignation contre les supposés « criminels de guerre » – fut soulever ma haine contre l’hypocrisie et la lâcheté sous-tendant toute attitude anthropocentrée ; à m’endurcir dans mon mépris amer pour l’« homme » en général ; et … à me pousser à écrire ce livre ; la réponse à cela, dont l’esprit pourrait être résumé en quelques lignes : une « civilisation » qui fait une histoire si ridicule au sujet de soi-disant « crimes de guerre » – des actes de violence contre les ennemis
réels ou potentiels d’une cause – et qui tolère les abattoirs et les laboratoires de vivisection, et les cirques et l’industrie de la fourrure (infliger de la souffrance à des créatures qui ne pourront jamais être pour ou contre une cause quelconque), ne mérite pas de vivre. Finissons-en ! Béni soit le jour où elle s’autodétruira, pour qu’une élite de surhommes saine, dure, franche et brave, aimant la nature et la vérité, avec une foi centrée sur la vie –, une aristocratie humaine naturelle, aussi belle, à son propre niveau supérieur, que les rois de la jungle à quatre
pattes – puisse croître à nouveau, et régner sur ses ruines, pour toujours ! [16]

En fait Devi continue dans ce style dans la plus grande partie du livre, et les contradictions se multiplient dans sa philosophie. Mais elle revient toujours à ce thème central de la cruauté envers les animaux qui est un plus grand péché que les barbaries de la guerre :

Nous refusons catégoriquement de condamner la guerre, même si elle était mille fois une « guerre d’agression », tant que l’humanité en général persistera dans son attitude cruelle envers la vie animale (et envers les arbres). Et tant que la torture sera infligée par l’homme à une seule créature vivante, au nom de la recherche scientifique, du luxe, ou de la gloutonnerie, nous refuserons systématiquement notre appui à toute campagne exploitant la sympathie publique pour les êtres humains torturés – à moins que ceux-ci soient, bien sûr, des humains que nous considérons comme nos frères de race et de foi, ou peut-être proches et chers à ceux-ci. Le monde qui exalte Pasteur et Pavlov, et d’innombrables autres tourmenteurs de créatures innocentes, au nom du soi-disant « intérêt de l’humanité », tout en dénonçant comme des « criminels de guerre » des hommes qui n’ont pas reculé devant des actes de violence contre des éléments humains hostiles, quand tel était leur devoir au service de l’humanité supérieure et dans l’intérêt de toute la vie, ne mérite pas de vivre. [17]

En 1946, Devi se rendit d’Angleterre en Islande. Là, l’ancien panthéon nordique rejoignit les anciens dieux indiens comme sources de la religiosité aryenne. Là aussi Devi anticipa de plusieurs décennies la popularisation par l’Odinisme du panthéon nordico-germanique en tant que religion raciale aryenne appropriée dans le mouvement de l’après-guerre.

Deux ans plus tard, Devi entreprit une démonstration d’activisme plus ouvertement pro-nazi, voyageant en Allemagne occupée et distribuant des tracts de propagande. Cela entraîna son incarcération en 1949. En prison, Devi développa l’un de ses tracts en un livre qu’elle considérait comme son principal ouvrage, Gold in the Furnace [L’or dans la fournaise]. Gold in the Furnace est à la fois une autobiographie et une méditation rêveuse sur ce qui aurait pu être. L’autobiographique Defiance [Defi] parut en 1950. L’exemple de Devi servit d’inspiration à une nouvelle génération de nationaux-socialistes lorsqu’une partie du livre fut publiée dans l’édition de l’hiver 1968 du journal intellectuel du Parti Nazi Américain, « National Socialist World », rédigé par l’unique intellectuel du Parti Nazi Américain, William Pierce. Gold in the Furnace sortit en 1952, suivi par d’autres mémoires, Pilgrimage, [Pèlerinage] en 1958 (bien que certaines sources placent la date de publication en 1953).

Son ouvrage le plus important, The Lightning and the Sun [La Foudre et le Soleil], parut en 1956 et une version abrégée fut publiée dans le premier numéro (printemps 1966) de « National Socialist World ». The Lightning and the Sun est un exposé remarquable du national-socialisme occulte qui déifie explicitement Hitler en tant que sauveur du peuple aryen. Les premiers mots du livre disent :

A l’individu divin de notre temps ; l’Homme contre le Temps ; Le plus grand Européen de tous les temps, à la fois Soleil et Foudre : ADOLF HITLER. [18]

The Lightning and the Sun parcourt les âges, suggérant une histoire religieuse et politique dans laquelle le Troisième Reich est le sommet et la culmination naturelle du développement aryen. Le livre se termine par ce qui est à la fois un cri de désespoir et une affirmation d’espoir :

Kalki les conduira à travers les flammes du grand embrasement final, dans la lumière du soleil d’un nouvel Age d’Or.

Nous voulons espérer que la mémoire de celui qui fut l’Avant-dernier, le plus héroïque de tous les hommes contre-le-temps, Adolf Hitler, survivra, au moins dans les chants et les symboles. Nous voulons espérer
que les Seigneurs du Nouvel Age, les hommes de son sang et de sa foi, lui rendront les honneurs divins, à travers des rites remplis de sens et d’intensité, dans l’ombre fraîche des immenses forêts régénérées, sur les plages, ou sur les sommets inviolés des montagnes, face au soleil levant. [19]

Comme pour démentir les tons héroïques de son rêve national-socialiste, les années 50 furent une période vide pour Devi. Si elle pouvait s’échapper dans le monde de ses rêves littéraires, et si elle voyagea intensément durant ces années, il restait un terrible vide dans sa vie. L’homme contre le temps et les héros de fer avaient disparu – beaucoup étaient morts, d’autres vivaient cachés, d’autres encore traînés devant la justice des Alliés. C’est seulement dans les années 60 que Devi put, pendant un instant, permettre à ses espoirs d’une renaissance nationale-socialiste de revenir à la vie.

Le véhicule de ces espoirs fut la World Union of National Socialists [Union Mondiale des Nationaux-Socialistes] qu’elle contribua à fonder en 1962. Mais le groupe fut un fiasco, et les dernières années de Devi furent tristes. Beaucoup de ce temps fut passé à nouveau dans la mère Inde avec son mari, écrivant, correspondant et marquant les jours. Elle fut une convertie précoce à la mouvance de la négation de l’Holocauste, et c’est sous son influence que des révisionnistes actuels bien-connus de l’Holocauste comme Ernst Zündel furent initiés à la foi [20]. En effet, dans les années 70, la principale contribution de Devi au mouvement auquel elle avait dédié sa vie fut à travers son infatigable correspondance avec d’autres vrais adeptes dans le monde. Ses conditions personnelles ne s’améliorèrent pas, cependant, et elle mourut dans la pauvreté en 1982.

Dans le cours de sa vie, les réalisations de Devi, si on les mesure à l’échelle de son rêve d’une renaissance nationale-socialiste et de l’établissement de sa religion aryenne de la nature, furent maigres. A sa mort, le monde du national-socialisme explicite était, pour le moins, plus fragmenté et impuissant que jamais. Mais ses écrits, et le puissant rêve de la religion nationale-socialiste de la nature qu’ils véhiculent, ont toujours un puissant impact sur le mouvement. Bien qu’excessivement pessimiste dans son analyse du biocentrisme et de la spiritualité païenne, la mise en garde de Nicholas Goodrick-Clarke concernant l’existence d’un coté obscur dans la spiritualité naturaliste ne devrait pas être ignoré :

L’écologie profonde, le biocentrisme, le culte de la nature et le paganisme du New Age reflètent une hostilité envers le christianisme, le rationalisme et le libéralisme dans la société moderne. Bien que ces mouvements radicaux aient leurs racines dans la dissidence de gauche, leur inclination croissante vers le mythe et le désespoir indique leur réceptivité aux idées millénaristes et mystiques de l’extrême-droite. Les activistes néo-nazis et fascistes cherchent maintenant activement à infiltrer la scène écologiste et ésotérique. L’encerclement cynernétique de l’homme et son divorce complet d’avec la nature pourrait bien favoriser une aliénation plus fondamentale. Dans un monde surpeuplé et automatisé, l’amour sentimental de Savitri Devi pour les animaux
et sa haine des masses pourraient trouver de nouveaux adeptes. Le pessimisme du Kali Yuga et sa vision d’un nouvel ordre aryen parfait possèdent un attrait permanent en ces temps d’incertiture et de changement. [21]

Jeffrey Kaplan
Université d’Helsinki

Notes

1. Catherine Albanese, Nature Religion in America (Chicago: University of Chicago Press, 1990), p. 8

2. Cité dans Savitri Devi, Impeachment of Man (Costa Mesa, CA: Noontide Press, 1991), page de garde. Devi attribue la citation à : Alfred Rosenberg, Instructions discutées au procès de Nuremberg, 1945-1946, cité dans Maurice Bardèche, Nuremberg II ou les Faux Monnayeurs, p. 88.

3. La Genèse 1:26 KJV dit : « Et Dieu dit, faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance: et laissons-lui la domination sur le poisson de la mer, et sur le gibier dans les airs, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur toute chose rampante qui rampe sur la terre ».

4. Cet argument vient de la théorie de Colin Campbell sur le milieu cultiste. Voir Colin Campbell, "The Cult, the Cultic Milieu and Secularization," dans A Sociological Yearbook of Religion in Britain 5 (1972), 119-36. Pour les applications de la théorie, voir Jeffrey Kaplan et Helène L––w, eds., Cult, Anti-Cult and the Cultic Milieu: A Re-Examination (Swedish National Council of Crime Prevention [BR‰], à paraître en 1998).

5. Cette section est basée sur la recherche d’Edvard Lind de l’Université de Stockholm. Voir Edvard Lind, "Religion of Nature," dans Jeffrey Kaplan, Encyclopedia of White Power (Santa Barbara, CA: ABC CLIO, à paraître).

6. C.G. Jung, "Wotan," dans C.G. Jung, The Collected Works, v10, Bollingen Series XX (New York: Pantheon, 1964). Cf. Nicholas Goodrick-Clark, The Occult Roots of Nazism (NY: New York University Press, 1985).

7. Edvard Lind, "Religion of Nature."

8. Cet argument s’inspire de Robert A. Pois, National Socialism and the Religion of Nature (London: Croom Helm, 1986). Cf. Daniel Gasman, The Scientific Roots of National Socialism (New York: American Elsevier Inc., 1971).

9. Adolf Hitler, Mein Kampf (Boston, MA: Houghton Mifflin, 1971), esp. Vol. 1, chap. 10, "Nation et Race,", et Vol. 2, chap. 1, "Philosophie et Party."

10. Savitri Devi, Impeachment of Man, page de garde.

11. Nicholas Goodrick-Clark, Hitler's Priestess: Savitri Devi, the Hindu-Aryan Myth, and Occult Neo-Nazism (New York: New York University Press, à paraître en 1998).

12. Lettre à l’auteur de Tony Williams, éditeur de « Column 88 », datée du 31 juillet 1998.

13. Sur la filière britannique, voir Jonathan Cotter, "Sounds of Hate: The Roll of White Power Rock and Roll in the Development and Diffusion of the Neo-Nazi Skinhead Subculture," Journal of Terrorism and Political Violence (à paraître), N° 27.

14. Fritz Nova, Alfred Rosenberg: Nazi Theorist of the Holocaust (New York: Hippocrene Books, 1986).

15. Savitri Devi, Impeachment of Man, p. 20.

16. Ibid., p. x.

17. Ibid., pp. 45-46.

18. Savitri Devi, "The Lightning and the Sun (A New Edition)", "National Socialist World" 1 (printemps 1966).

19. Ibid.

20. Nicholas Goodrick-Clark, Hitler's Priestess.

21. Ibid.


Cet article a été originellement présenté lors d’une séance de jury sur « La religion de la nature en tant que construction théorique : réflexions sur un domaine émergeant » pour une séance conjointe des Etudes Comparatives de la Section des Religions et du Groupe des nouveaux mouvements religieux lors de la Réunion Annuelle de l’Académie Américaine de Religion [AAR] à Orlando, Floride.

Commentaires de l’auteur

Mon article de l’AAR sur Savitri Devi est une partie de ma recherche sur ce que certains membres de l’AAR appellent le coté obscur de la religiosité de la nature. Quel que soit son nom, il est vrai que ma recherche tend à démontrer que tout système religieux, social ou de croyance politique, même apparemment inoffensif, possède un potentiel d’abus, de mauvais emploi, ou à l’extrême, de violence.

Ma recherche se concentre principalement sur les zones obscures où la foi et la violence convergent. Aucun système humain selon mon expérience n’est immunisé contre les défauts de la nature humaine. Je suspecte que les « Dead Kennedys » n’avaient peut-être pas si tort lorsqu’ils notaient cyniquement concernant l’administration de Jerry Brown en Californie :

Les fascistes Zen vous contrôleront à 100% naturel
Vous courrez pour la race des seigneurs
Et garderez toujours un visage heureux
Et vos enfants méditeront à l’école
Californie, über alles …

Je suspecte aussi que les « Dead Kennedys » auraient été d’accord avec l’observation de Catherine Albanese qui fut le point de départ de cet article.

Un essai biographique sur Devi était une manière commode de présenter le cas immensément complexe du national-socialisme allemand comme l’exemple par excellence de la violence potentielle qui peut se cacher dans l’ombre de la religiosité de la nature. Devi a aussi été choisie parce qu’elle pourrait être d’un certain intérêt pour l’érudition féministe en ce que c’est avec elle que la « passion pour le contrôle » de la nature dans les écrits nationaux-socialistes semble avoir été abandonnée. A la place, un désir de vivre comme une partie intégrante du monde naturel – sans aucun doute un monde naturel sacralisé et violemment purifié – fut affirmé, peut-être pour la première fois dans le monde de l’après-guerre.

C’est cette diminution d’un « intérêt passionné pour la place et l’autorité dans la société » que je voulais souligner dans cet article. Mon travail, et la partie sur Devi en particulier, tend à montrer l’existence d’un coté obscur dans le monde de la religiosité de la nature, et parce que très peu d’universitaires travaillent dans ce domaine, mon travail pourrait être mal compris comme insistant trop fortement sur ces dangers. Ce sont des domaines que beaucoup ne veulent simplement pas reconnaître, ni accepter.

Mais tout comme il y a un coté obscur dans la religion de la religion, la spiritualité de la nature aussi peut être une force critique pour amener les gens dans la lumière, pour abuser de cette métaphore manichéenne. Cela est arrivé à la maison juste aujourd’hui par le message d’une figure très connue du national-socialisme britannique qui, après de nombreuses années dans le mouvement, s’est tranquillement converti à l’islam et a dénoncé le racisme sous toutes ses formes.

(Je suppose qu’ici de nombreux lecteurs émettront un grognement collectif, mais je ne veux pas commencer à discuter de l’islam. Il suffit ici de dire que la plupart des nazis sont des gens vraiment en recherche, et d’après mon expérience sur le terrain, ces gens dont la quête les amène à faire un séjour prolongé dans le monde de l’extrême-droite, ou dans d’autres structures de croyance absolutistes, et dans ce monde souterrain où la foi et la violence se rejoignent, ont concernant l’objet de leur quête une réponse définitive à leurs questions ; une voie unique pour ordonner leurs vies et le monde autour d’eux. Pour des raisons qui seraient bien mieux expliquées par d’autres qui sont plus qualifiés que moi, de telles personnalités ont peu de chance de trouver des réponses dans des systèmes de croyance comme le paganisme. Ils ont plutôt besoin d’un texte, d’un dogme, et d’un ensemble plus ou moins absolutiste d’affirmations de foi. Le christianisme « born-again » en Amérique a été une communauté de croyance qui accueille de telles personnes en les absolvant de leur passé et en leur offrant les bénéfices d’une communauté sécurisante de personnes semblables, et je suspecte que comme le multiculturalisme devient de plus en plus la norme européenne, l’islam finira par jouer à peu près le même rôle en Europe.)

En tous cas, parmi les raisons que cette personne donnait pour sa conversion à l’islam et son rejet de son passé national-socialiste, il y avait ceci :

« Ensuite, j’ai commencé un nouveau travail, travaillant de longues heures dans une ferme, souvent par moi-même. Le contact étroit avec la Nature, le dur labeur du travail manuel, ont vraiment restauré mon âme, mon humanité, et je suis devenu vraiment conscient de l’Unicité du Cosmos et de ce que je n’était qu’une parcelle de cet Ordre merveilleux que Dieu avait créé. Dans mon cœur et dans mon esprit j’étais convaincu que cet Ordre n’avait pas surgi par hasard – il avait été créé, de même que j’avais été moi-même créé dans un certain but. C’était comme si ma vraie nature avait mené une longue bataille avec Shaitan [Satan], qui m’avait trompé, mais qui ne pouvait plus me tromper davantage. J’ai senti la vérité du seul et unique Créateur dans mon cœur et dans mon esprit. Pour la première fois dans ma vie, je me suis senti vraiment humble. »

Les lecteurs d’Albanese, des Transcendantalistes, et en fait de beaucoup d’autres textes associés à la religion de la nature reconnaîtront les sentiments exprimés.

Et cela, je suppose, est mon but. L’étude sur Devi devait comme programme implicite mettre en garde contre le coté obscur inhérent à la religiosité de la nature. Certains observateurs comme un spécialiste que j’admire beaucoup, et dont j’ai cité les paroles dans la conclusion de cet article, Nicholas Goodrich-Clarke, aperçoit ce coté obscur et le considère comme inévitable. Pour ma part, je ne suis pas si pessimiste. Mais ignorer ce potentiel de « fascisme Zen » est, à mon avis, dangereux. Et c’est pour cette raison que j’ai écrit l’article sur Savitri Devi.
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