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Mercredi, 21 Août 2013
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Entretien de Pierre le Vigan concernant la modernité: une réflexion.
Philippe Delbauvre
Histoire :: France
Entretien de Pierre le Vigan concernant la modernité: une réflexion.
Le philosophe allemand Windelband a établi une distinction entre jugement de fait « cette table est noire » et jugement de valeur « cette table est belle ». Dans le premier cas, la formulation est incontestable car objective : toute personne rationnelle et normalement constituée considérera donc qu’une table noire est … noire. A contrario, le fait qu’une table soit belle est motif à contestation, y compris pour une personnalité rationalle. On retrouve ici donc la distinction entre objectivité et subjectivité. Pour autant, il ne faut pas céder à la simplicité, au premier élan, et considérer que les jugements esthétiques soient nécessairement subjectifs comme beaucoup le croient de prime abord. Autant que je me souvienne par exemple, Kant a établi une distinction entre le Beau et le Sublime. Et une théorie scientifique comme celle des angles privilégiés semblent nous pousser à accroire que les jugements esthétiques par exemple, ne sont pas nécessairement motif à subjectivité : le Beau serait objectif…


La postmodernité dans laquelle nous sommes entrés voici quatre décennies environ fut annoncée à l’avance par des personnalités d’exception comme le furent le baron Evola mais aussi Guy Debord. Je ne cacherai pas aux lecteurs que mes amis sont miens et, par voie de conséquence, me ressemblent. C’est ainsi que, au même titre que le personnage principal du « meilleur des mondes », la postmodernité n’a su les formater. Il ne faut pas croire que ces personnalités ont rationnellement décidé de combattre l’empreinte du monde contemporain comme on pourrait le croire spontanément. Le fait est que pour de multiples raisons, et j’insiste, sans qu’ils l’aient voulu, ils sont sortis indemnes du grand moule contemporain. Bien peu nombreuses sont aujourd’hui les personnalités différenciées pour reprendre une expression chère au baron et l’on peut songer que déjà chez Platon, la notion de « Peuple » ne désigne nullement les basses classes mais la quasi-totalité de la population. La partie du corps qui selon le philosophe grec la plus à même de représenter le peuple n’est autre que le ventre et, pourrait-on ajouter, le bas-ventre.


La tragédie auquel je suis confronté au quotidien est la radicale altérité dont je connais rationnellement les motifs mais aussi dont je souffre réellement dès lors où je suis en présence de la plupart de mes contemporains qui ne sont d’ailleurs pas, las, mes compatriotes : « J’habite mon nom, suis de ma langue, n’ai d’autre vraie patrie que celle de mes idées et ne me reconnais véritablement que dans les familles d’esprit que j’ai choisies. « Saint John Perse. La postmodernité parce qu’elle favorise, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Barrès, « le culte du Moi » - il y a un ouvrage majeur à écrire, fondé sur la neurologie pour montrer en quoi le Système triomphe - , ne peut que flatter la subjectivité des uns et des autres qui, elle-même, caresse les fondements de notre être, représentés par notre cerveau reptilien. C’est ainsi que mes contemporains, tellement imprégnés qu’ils sont de subjectivité, considèrent bien à tort que ce que j’exprime est subjectif alors même que je suis répertorié dans la caractérologie jungienne comme Intp, à savoir le profil le plus objectif qui soit.


Pierre le Vigan n’émet en aucun cas un point de vue personnel en déclarant que les hommes des Lumières n’ont nullement suivi ou favorisé volontairement la révolution française. Je connais d’autant bien le sujet qu’au sein de l’université, j’y ai consacré plusieurs années. Lorsqu’on interroge un de nos contemporains sur un sujet, il n’est pas rare qu’il réponde, même s’il est réellement ignorant : dans les faits, on papote bien plus que l’on ne dialogue, considérant que la première idée qui vient en tête ou qu’une prise de position presque consensuelle feront l’affaire. Je vais peut être surprendre le lectorat mais dans certaines circonstances, deux parallèles peuvent se couper. De la même façon, la planète terre qui est approximativement une sphère, est presque entièrement vide. Quant à l’inflation, elle ne signifie pas nécessairement la hausse des prix. De même qu'un cosinus ou un sinus, quoique l'on en dise dans l'enseignement secondaire, n'ont pas l'obligation de rester inférieurs ou égaux à 1. Voici donc quatre propositions – justes – dont beaucoup de nos contemporains eurent postulé le contraire, « la main à couper » …


Pour revenir aux Lumières, le premier penseur auquel on songe qui en soit représentatif est Voltaire. Grave erreur puisque Voltaire n’en fut pas, appartenant à la génération précédente. Pour prendre un intervalle de temps juste à des fins de mémorisation, il faut considérer qu’approximativement, les Lumières françaises, importés du monde anglo-écossais à destination finale de l'Allemagne, ne furent que durant le second quart du XVIII ème siècle, auquel il faudrait ajouter quelques années. Les hommes des Lumières ne furent en aucun cas démocrates et encore moins républicains. Leur admiration va à la monarchie constitutionnelle, anglomanes qu’ils furent. L’expression de « despotisme éclairé » fait partie de leur bagage. Par là il faut comprendre un exécutif fort mais aussi instruit et bienveillant, idéalement conseillé par ce que l’on peut appeler avant l’heure, des intellectuels.


Aucun des hommes des Lumières n’a donc de contact intellectuel privilégié avec la notion de révolution et Pierre le Vigan ne se trompe nullement en affirmant que le premier parmi les grands à être récupérable par les révolutionnaires fut Rousseau.


Je sais que les monarchistes contemporains haïssent le plus souvent le XVIII ème siècle, probablement au motif qu’il fut celui qui vit la fin de l’ancien régime. Pour autant, la mort de cette structure est bien antérieure et les origines de la chute sont à chercher au XVI ème siècle. Apparaîtront à cette époque et le capitalisme développé et le protestantisme. Il faut savoir qu’à cette époque, les lettrés furent bien conscients de la concomitance de ces deux événements. Si confier le pouvoir aux nobles, c'est-à-dire aux guerriers, parait tout à fait légitime dans une société archaïque, tel est de moins en moins le cas au fur et à mesure que la société se civilisait. Le capitalisme du XVI ème siècle que l’on peut appeler commerce international fit de certains Français anonymes, des hommes d’importance, réussissant leurs entreprises. Dans ces conditions, quand bien même un noble lui était hiérarchiquement supérieur, que l’entrepreneur doué avait plus d’importance que lui.


De la même façon, le protestantisme est beaucoup plus moderne que ne l’est le catholicisme. Les justifications ne font pas défaut : autorité supérieure (Vatican) et pas d’équivalent chez les protestants. Si l’on dit « catholicisme », « protestantisme » doit porter un « s ». Le prêtre est « supérieur » à ses paroissiens alors que tel n’est pas le cas du pasteur. Les catholiques n’ont pas accès aux textes religieux, les protestants si. La langue du catholicisme est celle de l’élite, les protestants utilisent celle du peuple… On comprend donc que le catholicisme sied beaucoup mieux à l’ancien régime que le protestantisme.


Ce serait donc de mon point de vue, les développements aussi bien du protestantisme que du capitalisme, qui annoncèrent la fin de l’ancien régime et nullement les hommes de Lumières, hostiles d’ailleurs, y compris par nature, à toute forme de révolution. On peut remarquer aussi que même Louis XIV qualifié de solaire, fit de graves erreurs qui jouèrent un rôle majeur dans le déclenchement du processus révolutionnaire un siècle plus tard ; ainsi en est-il par exemple de la centralisation excessive ; ainsi en est-il aussi de l’anoblissement de beaucoup de bourgeois, non au motif que ces derniers s’étaient distingués en raison de leur noblesse de comportement, mais en raison de leur réussite financière, valeur justement bourgeoise.


Pour conclure, je citerai un penseur d’outre Rhin qui n’est autre que Goethe :
« Avec Voltaire, c'est un monde qui finit : avec Rousseau, c'est un monde qui commence ».
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