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Mercredi, 30 Décembre 2009
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Anti-sarkozisme et rhétorique d'extrême droite
Claude Bourrinet
Éditorial
Anti-sarkozisme et rhétorique d'extrême droite
A grandes envolées de prétoire et d’approximations idéologiques, la gauche (et l’extrême gauche) morale s’en prend à la rhétorique populiste de Sarkozy et à la prétendue dérive extrême droitière de son ministre de l’immigration et de l’identité nationale.

L’argumentation usuelle ne manque pourtant pas, par moment, de justesse. On a beau jeu de dénoncer l’instrumentalisation d’une phraséologie connotée dans un but électoraliste, qui vise à récupérer les voix du Front national, dont Eric Besson dit souhaiter « la mort ». C’est ainsi que l’insistance médiatique mise sur certaines affaires liées à la pédophilie, d’où sourdent des termes lourds de pathos comme « castration physique », « monstres », voire « peine de mort » est bien soulignée. On dénonce en effet la théâtralisation dont ils font l’objet, leur actualisation n’étant d’ailleurs que virtuelle, et somme toute interdite par le consensus politiquement correct qui cantonne cette agitation phonique dans le domaine qui est le sien, c’est-à-dire le vent.

Sans doute est-il nécessaire de s’interroger sur ce que sont les mots, et lier leur valeur sémantique à des enjeux politiques. Tous les contempteurs des systèmes totalitaires, comme Orwell, ont considéré l’usage de la langue comme la pierre de touche où se jouent les questions de la liberté et de l’esclavage. La politique est en effet la fille du mot, ou plutôt sa concubine. Une alliance intime et trouble les attache, pour le meilleur et pour le pire. Reste à savoir si la « démocratie », qui est un concept assez vague pour qui veut se donner la peine d’en fouiller les arcanes, est assez opératoire pour en bien saisir la portée. Il serait préférable en l’occurrence d’invoquer la notion de vérité, qui est moins récupérable, si on lui donne toute latitude d’être elle-même. Ainsi les classiques du « siècle de Louis XIV », singulièrement les moralistes, dont il serait parfois urgent de s’inspirer, ont-il mis à la question les mots et leurs acceptions, leurs pièges et leur naïve hypocrisie, bien qu’ils vécussent sous un règne qui était peu … « démocratique ». La morale commence par l’art de bien penser, disait en substance Pascal. Commençons donc de comprendre le monde, au lieu d’opposer une idéologie à une autre idéologie.

La faiblesse de l’argumentation des « anti-fascistes » déclamatoires gît d’ailleurs dans cette manie hautement « démocratique » de confronter une doxa à une autre doxa. Invoquer les « valeurs », comme on le fait, ne mène pas à grand-chose. Il s’agit probablement des valeurs humanistes. En s’en prenant par exemple à l’emploi du mot « monstre », pour désigner les pédophiles, par le pouvoir actuel, on s’interdit de mener une réflexion sur le concept d’humain, donc sur un humanisme qui s’inscrit dans une histoire parfois assez trouble. On va par exemple à l’encontre des Romains, qui sont pourtant fondateurs de la notion considérable d’humanité. En effet, le scélérat pour eux, c’est le monstre (le parricide par exemple) qui se trouve, de par son geste, propulsé hors de l’humanité, et à ce titre « sacré », donc non jugeable par un tribunal humain, et soumis donc uniquement à la vindicte des dieux (qui seraient maintenant les chirurgiens !). Diderot, dans la partie morale et politique de l’article « Anatomie » de l’Encyclopédie, à la suite de Montesquieu (voir Claire Salomon-Bayet, L’institution de la science et l’expérience du vivant, pp. 300 et 307), n’envisage-t-il pas de tenter des expériences sur des condamnés à mort … de leur vivant ? Et Maupertuis, dans sa Lettre sur le progrès des sciences, ne soutient-il pas la même proposition, en déclarant : « Qu’on ne se laisse pas émouvoir par l’air de cruauté qu’on pourrait croire trouver ici : un homme n’est rien comparé à l’espèce humaine ; un criminel est moins que rien. »

Et pourtant, Diderot et Maupertuis sont bien considérés comme des pères de l’humanisme moderne…

La vox populi, par sa réaction horrifiée, ce résidu retranché dans un psychisme collectif issu des temps anciens, même s’il s’y même quelque trouble passion, ne fait que reprendre cette vision fondamentalement religieuse. On pourrait en dire autant de la peine de mort, dont il ne s’agit pas de disputer le bien fondé, mais dont l’abolition « par le haut » contredit les aspirations « démocratiques » tant vantées. Ce que l’on présente comme un acte « acte fondateur » du « peuple de gauche », l’abolition de 1981, n’a-t-il pas été décidé contre l’avis du … peuple, décision antidémocratique au sens littéral du terme ?

Sade, qui au demeurant (si je ne m’abuse) fut le seul député de la Convention à demander la suppression de la peine de mort, du temps où une telle revendication pouvait conduire à la guillotine, réclamait, dans son immortel brûlot de boudoir, que les Républicains fissent un effort pour l’être vraiment.

Il serait du moins judicieux de faire attention à ce que certaines attaques ne se retournent pas contre leurs auteurs.

Si l’on évoque le caractère malgré tout humain des pédophiles et autres « monstres », qui, en toute justice, ne doivent pas être livrés au lynchage, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et ne pas dénoncer les attaques hystériques, la reductio ad hitlerum, dont sont l’objet tous ceux qui ont l’outrecuidance de sortir des sentiers politiques battus ? Existe-t-il des « monstres » uniquement en politique ? Et si l’on juge nauséabond certains discours faisant appel à des « pulsions » dont les auteurs sont loin de juger le caractère scabreux, qu’en est-il, qu’en fut-il, de ces appels au lynchage médiatique, de cette instrumentalisation médiatique d’une jeunesse que l’on déversa en 2002 dans la rue pour crier sa haine? Etait-ce là une opération hautement démocratique » ? La désignation du diable ne renvoie-t-elle pas plutôt au monde de 1984 ?

Les us et coutumes des media et des pouvoirs, notamment judiciaires, ne sont plus pour nous surprendre. En effet, puisqu’on tente de circonscrire la puissance des associations lexicales, jugera-t-on des dangers de celle qui tente de joindre, dans le discours dominant, pédophilie et extrémisme de droite ? Ce rabâchage phraséologique concerne particulièrement les dangers supposés d’internet. Qui ne voit qu’on prépare le terrain, sous couvert de lutter contre la sexualité déviante ET le « néo-nazisme », pour une censure de la toile (étant bien entendu que le concept de « néo-nazisme » est assez flou pour désigner n’importe qui, et surtout ceux qui mènent une critique fondamentale du système, l’ennemi de la « démocratie » étant seulement désigné sans autre forme de procès à un peuple ignorant et perméable à la propagande).

Mais peut-être aurait-il fallu identifier la nature de cette « extrême droite » dont Sarkozy veut prendre le vocabulaire pour mieux l’étouffer.

Il serait d’ailleurs honnête de reconnaître que là où un Le Pen a été stigmatisé pour l’usage de termes fortement connotés relatifs à l’immigration et à la peine de mort, le vocabulaire du candidat Sarkozy, bien qu’il soit entré dans le jeu théâtralisé qui met en présence des acteurs dont le rôle est dûment préconçu (on « joue » à l’antifascisme comme on « joue » à l’antiracisme) ne porte pas à conséquences quand, DANS LA REALITE, le pouvoir médiatique, qui est le bras du pouvoir politique véritable, celui qui est occulte, ne censure en rien le « fautif ». C’est un aveu ! Tout le monde sait que le terme « racaille » n’est qu’un mot de comédie.

Mais a-t-on bien affaire à un jeu d’ombres ? Cette instrumentalisation langagière concerne-t-elle vraiment une extrême droite dont la droite traditionnelle (De Gaulle, Pompidou, Giscard, Chirac) était l’ennemie ? S’agit-il vraiment de cela ?

Au-delà en effet de la sphère politique franco-française, il s’agit de replacer la rhétorique sarkozienne dans un contexte atlantiste. Or, qui ne voit la parenté du langage politique de la droite libérale au pouvoir avec celui des néo conservateurs (néocons) américains ? Quel est le pays où l’on envisage sans inhibition particulière la castration des « monstres », la peine de mort, l’abandon des inutiles, la « croisade », le choc des civilisations, la guerre juste etc. ? Le dernier débat sur la burqa, qui rejoint celui sur les minarets de Suisse, n’a-t-il pas transcendé les clivages politiques ? N’a-t-on pas finalement une droite et une gauche qui se réclament de la politique américaine, qu’elle soit de sensibilité « républicaine » ou « démocrate », en gros d’un côté Sarkozy etc. (les libéral-sécuritaires), et Strauss Khan, Royal etc. (les social-libéraux aussi sécuritaires que les premiers, comme Blair). Les véritables opposants ne sont-ils pas ceux qui se révoltent contre le nouvel ordre mondial ?
La gauche « morale » a en fait choisi cet ordre, en reprenant le discours idéologique du rapport 2009 du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) qui demande, pour le bien de l’économie et des peuples, de "lever les barrières » en matière de « mobilité et de développement humains". Le déracinement (appelé internationalisme ou mondialisme) est probablement un progrès de l’humanité.

Etant pourvu d’un grand cœur, nos humanistes accusent (à juste titre) Sarkozy d’utiliser la souffrance des exilés et des immigré sans papiers pour asseoir son pouvoir (dans le même temps où, dans les faits, c’est-à-dire hors du champ médiatique, il régularise à tour de bras). Nulle part ils n’évoquent la souffrance du peuple de la France d’en bas provoquée par cette même immigration.

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Vox populi 18/08/10
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