Le décès, à Katyn, samedi passé, de Lech Kaczynsky, et d’une partie de l’élite contemporaine polonaise, dans le crash du Tupolev présidentiel, ainsi que le spectacle des foules immenses rendant hommage à leur président défunt ne peut qu’éveiller la compassion.
Cela étant, la compassion n’est pas obligatoirement de la sympathie et, pour ma part, si je considère que cet accident est bien une tragédie humaine, je n’y vois pas une tragédie politique pour notre camp comme certains, mal informés, influencés par les médias ou naïfs, semblent le croire.
Réalisant un entretien avec Alexandre Douguine pour le journal Flash, je l’ai interrogé sur son ressenti face à cette affaire. Sa réponse a été sans ambiguïté : « ce sont les forces de la justice immanente qui ont agi ici » et de préciser « Donald Tusk est beaucoup plus favorable à Moscou. Encore une fois c’est la justice immanente. »
Les eurasistes se félicitent donc.
Michel Drac, qui exerça pendant quelques temps des responsabilités dans l’entourage d’Alain Soral, dans un texte publié sur internet a adopté une position quasi-similaire : « Lech Kaczynski était un agent américain. Il est difficile de dire si c’était un agent rémunéré, encadré, cornaqué par la CIA, ou tout simplement un politicien polonais qui, comme n’importe quel politicien dans n’importe quel pays, avait besoin d’appuis extérieurs pour s’imposer en interne. Mais en tout cas, c’était un agent américain. A ce titre, il avait reçu, c’est évident, un cahier des charges de son employeur et/ou protecteur. Ce cahier des charges n’est pas connu dans les détails, bien sûr, mais ses grandes lignes se laissaient facilement dessiner : il suffisait d’observer les prises de position de Kaczynski pour savoir ce que ses amis états-uniens attendaient de lui. Et ce qu’ils attendaient de lui, c’était tout simplement de faire, de la Pologne, un obstacle sur la route qui va de Moscou à Berlin. Toute la stratégie américaine est là : encercler la Russie, de Varsovie au Kirghizstan en passant la Tchétchénie. Pour les Américains, il est vital que Moscou ne puisse pas nouer de relations fortes avec ses voisins. Z. Brzezinski l’a écrit, en toutes lettres, dès 1997, dans son livre « Le Grand Echiquier ». Et Kaczynski jouait un rôle dans ce « grand jeu » : il promouvait l’engagement polonais dans la « guerre contre le terrorisme » des Américains, il s’opposait de toutes ses forces au projet de gazoduc baltique, il défendait l’implantation du bouclier antimissile US en Pologne. »
Michel Drac aurait sans doute dû préciser, dans son article, quelques faits : par exemple, que Lech Kaczynski avait accordé à l’US Army de pouvoir faire stationner sur son sol plusieurs bataillons de missiles de défense sol-air dans le cadre de la mise en place du projet balistique ABM développé par le Pentagone et officieusement orienté contre la Fédération de Russie.
Les partisans de l’axe Paris-Berlin-Moscou, ne pleurent donc pas eux non plus le président polonais.
Las but not least, un ami vient de me transmettre un article du quotidien Haaretz et une dépêche de l’Afp.
Le premier rappelle la teneur d’un entretien que lui avait accordé le président polonais : « "I am fond of Israel, Poland has a special relationship with Israel", he declares at the start of this special interview. "Arik Sharon is one of my big heroes".» La seconde nous informe que « Israël pleure la mort d'un "grand ami" » et que selon Avigdor Lieberman « C'était un véritable ami d'Israël et du peuple juif. Il l'a prouvé par ses actes, notamment en nouant avec nous une importante alliance stratégique ».
Les antisionistes donc, ne verseront pas une larme.
Partisan de l’Eurasie et de l’axe Paris-Berlin-Moscou, de surcroît antisioniste comme chacun le sait, mes lecteurs comprendront que mon empathie avec ce qui se passe actuellement à Varsovie soit nulle et que je ne sois pas loin de partager l’opinion d’Alexandre Douguine sur l’action de la justice immanente.