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Jack Nicholson et la misogynie conspirative

L’universitaire américain Dick Melley se mêle de théorie de la conspiration, et s’en prend à des figures qu’on croyait intouchables comme Lewis Mumford ou Jacques Ellul, accusés de réflexions pas trop catholiques sur nos mégapoles urbaines (voyez mon texte sur Baudelaire et la conspiration géographique) ou sur la manière dont les autorités mésusent de la technique pour nous réduire à l’état de hamsters.

Nietzsche se moque de ce type de savant dans sa deuxième considération inactuelle. On relit le passage :

« Les historiens naïfs appellent « objectivité » l’habitude de mesurer les opinions et les actions passées aux opinions qui ont cours au moment où ils écrivent. C’est là qu’ils trouvent le canon de toutes les vérités. Leur travail c’est d’adapter le passé à la trivialité actuelle. Par contre, ils appellent « subjective » toute façon d’écrire l’histoire qui ne considère pas comme canoniques ces opinions populaires. »

Aujourd’hui on dit conspirative, pas subjective !

Melley évoque la notion de « panic agency ». Les agences US pullulent, ont des budgets dévorants et démentiels, contrôlent les banques, le monde de l’art et la télévision. Du coup l’individu lambda comme on dit, ou au contraire l’individu réveillé se rend compte comme numéro six qu’il est cerné de toute part par une prolifération cancéreuse d’agences gouvernementales qui surveillent et saccagent sa santé, sa gastronomie, ses écoles, ses programmes, ses lectures et tout le reste ; agences qui lui disent comment se comporter dans ce « brave monde nouveau » libéré comme on dit des préjugés du passé, qui venaient de malins génies comme le christianisme ou l’islam. Evidemment Melley pas fatigué nous refait le coup du petit blanc aigri qui a peur des merveilles bureaucratiques qu’un certain Kafka (le Kubrick de la littérature ?) avait pourtant dénoncées.

Melley évoque une conspiration misogyne. Il reproche au « Vol au-dessus d’un nid de coucous » sa misogynie. On se souvient tous de la nurse Ratched  qui joue à la démocrate comme nos élites en peau de vache jusqu’au moment où elle abat ses cartes, élimine l’opposition, décérèbre la résistance. Ratched fait penser à Merkel, à Lagarde, à Hillary. C’est que le « souverain moderne », explique Tocqueville, ignore le corps et s’attaque à l’âme. Cela ne signifie pas qu’il soit féminin dans son essence (il est plutôt asexuel, voyez l’ordinateur dans 2001), et il nous réduit habilement, techniquement à l’état de troupeau, de méli-mélo impérial de peuples. Dans le même temps il nous effémine, comme le dit La Boétie. La couardise est exemplaire.

Rappel de Tocqueville :

« Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société toute entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre même de la souveraineté du peuple. »

On y est, et la chute de la natalité aussi a été programmée.

J’en reviens à Jack Nicholson

Ce dernier a incarné la lutte ratée du « mâle américain » contre les femmes dans ses meilleurs films ; j’ai développé dans mon Kubrick cet aspect passionnant de Shining ; on pourrait ajouter les sorcières d’Eastwick de George Miller, un grec orthodoxe (comme Alex Proyas) à qui l’on doit aussi Mad Max et Babe. Dans cette joyeuse comédie décalée-diabolique, le diable Nicholson explique que ce sont les médecins (les pédants de Molière et Bergson) qui ont précipité les chasses aux sorcières aux siècles modernes.

Pour en revenir à la nurse Ratched, il est certain qu’elle incarne un effrayante métastase féminine en cette fin de cycle (ou commencement d’ordre mondial). Chesterton la sentait venir en débarquant à New York, alors que les femmes n’étaient pas encore au pouvoir. :

“… the extension of feminism means that there shall be no more laws or liberties in a state than there are in a nursery. The woman does not really regard men as citizens but as children.”

Gosses auxquels on prendra leur argent de poche…

Ce système use du racisme comme de la misogynie. Des femmes d’un âge avancé, des toutes-puissantes sans enfant ou presque, humanitaires à temps perdus, cruelles et pleurnichardes, et qui se défoulent sur les peuples, on a déjà connu cela non ? Relisez vos contes de fées, ou découvrez le cinéma mythologique soviétique d’Alexandre Rou pour savoir ce qu’une belle-mère sévère pouvait infliger à l’humanité.

En même temps on note depuis des années qu’il y a de plus en plus de femmes jeunes, belles et rebelles, qui ont cassé avec le système anesthésiant décrit par Tocqueville et qui comme au moyen âge sont prêtes à prendre la tête des troupes, à la Jeanne d’Arc ou la Jeanne Hachette. Découvrez en passant la cinéaste Cheyenne Carron.

Sources

  • Chesterton – What I saw in America
  • Ken Kesey – Vol au-dessus d’un nid de coucous
  • Bonnal – Kubrick, les grands auteurs et la conspiration (Amazon_Kindle)
  • Tocqueville – De la démocratie, II, 4, VI
  • Melley – Empire of conspiracy
  • Joe Jarvis – Why Flew over the cuckoo’s nest is an anti-government metaphor (Lewrockwell.com)

Filmographie

  • Flew over the cuckoo’s nest – Dark city – 2001 – Shining – Eastwick – Carnal knowledge

Les livres de Nicolas Bonnal sont disponibles chez:

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