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Avec les Arabes… malgré les Arabes. Obsèques de Lucien Bitterlin

Lucien Bitterlin, président de l’Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA) fondée en 1967 pour accompagner la politique arabe du général de Gaulle, n’est plus. Gravement malade, lui qui a consacré sa vie à défendre les pays arabes et la cause palestinienne face aux attaques des lobbies pro-israéliens, est décédé sans connaitre les bouleversements survenus ces dernières années dans ces pays, et c’est tant mieux.

En me rendant, le 17 février dernier, à la cérémonie d’hommage organisée au funérarium des Batignolles, à Clichy, je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait grand monde, à part sa famille, des proches et quelques personnalités l’ayant côtoyé de près. Mais, pour moi, il allait de soi qu’au moins les ambassadeurs d’Algérie, de Syrie et de l’Autorité palestinienne seraient présents ou représentés. C’était la moindre de obligations pour ces diplomates, bien placés pour savoir ce que leur pays lui doivent.

Une balle de 22 Long Rifle

J’ai rencontré pour la dernière fois Lucien Bitterlin en 2006, avant qu’il ne tombe malade. C’était au Palais de justice de Paris. Nous venions d’assister au jugement d’un forcené ultra-sioniste qui nous avait adressé une balle de 22 Long Rifle – ainsi qu’à une vingtaine de pro-palestiniens – assortie d’un message menaçant: « La prochaine n’arrivera pas par la poste ! ».

L’individu, dont la cave était pourtant bourrée d’armes et munitions, n’avait été condamné qu’à une peine symbolique : de la prison avec sursis et à verser… un euro de dommages et intérêts à ses victimes. J’avais trouvé Lucien Bitterlin désabusé. Il y avait de quoi, mais n’avait pas voulu faire appel.

« Avec les Arabes… malgré les Arabes »

Au funérarium des Batignolles, à part sa famille, nous n’étions qu’une quinzaine devant son cercueil. Force m’était de constater que les marques de considération pour les activités de ceux qui les soutiennent n’étouffent pas les régimes arabes. La seule ambassade représentée était celle de l’Autorité palestinienne, d’un peuple qui ne compte heureusement que sur lui-même pour survivre. D’Algérie: pas même un message. De celle de Syrie (à l’Unesco), n’en parlons pas. Une honte… Cela dit, je ne pense pas que l’absence de diplomates arabes à ses obsèques aurait vraiment étonné Lucien Bitterlin. Il savait à quoi s’en tenir quand il disait être « avec les Arabes… malgré les Arabes » !

Le conteur danois Hans Christian Andersen écrivait que « la reconnaissance est la mémoire du cœur ». Pourquoi faudrait-il en attendre de régimes devenus des monstres froids ?

* Gilles Munier a été membre de l’Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA) dès sa création, puis un de ses permanents dans les années 1970.

5 Mars 2017 | Source

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