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Jérusalem-Moscou : Effet de manche raté de Nétanyahu ? Sauf si… [1]

Raté (ricanent certains) de Binyamin Nétanyahu lors de sa dernière rencontre avec un Vladimir V. Poutine apparemment plus soucieux, de coller aux réalités. Sauf qu’en l’Orient compliqué les choses que l’on voit… 1Ère Partie.

Que s’est-il passé à Moscou, je veux dire entre Poutine et Nétanyahu ?

Jacques Borde. Ce à quoi il fallait s’attendre, pardi. Reçu au Kremlin pour sa troisième rencontre avec Poutine en un an, Binyamin Nétanyahu a remis le couvert sur l’Iran, allié de facto plus que de jure de Moscou au Proche-Orient, en faisant appel à l’Histoire du peuple hébreu. Et de rappeler qu’« Il y a 2.500 ans, il y a eu une tentative en Perse de détruire le peuple juif. Cette tentative a échoué et c’est ce que nous célébrons à travers la fête » de Pourim, les 12 et 13 mars 20171.

Effectivement, la fête de Pourim célèbre, selon la tradition juive, la victoire des juifs contre Haman l’Agaggite, vizir du Roi des rois2 perse Xerxès Ier3, au Ve siècle avant J-C. D’où l’entrée en matière du Premier ministre israélien ?

« Voilà qu’aujourd’hui l’Iran, héritier de la Perse, poursuit cette tentative de détruire l’État juif. Ils le disent de la façon la plus claire, ils l’écrivent sur leurs missiles », a tenu à souligner le Premier ministre israélien s’adressant au maître du Kremlin

Surprenant et comment à réagi Poutine ?

Jacques Borde. Assez sobrement en fait. « Oui, enfin, c’était au Ve siècle avant notre ère », a répondu, plus terre-à-terre, Vladimir V. Poutine. « Aujourd’hui, nous vivons dans un monde différent. Alors parlons-en ».

Du coup, Binyamin Nétanyahu a cru bon de rappeler combien « Aujourd’hui, Israël est un État avec une armée et nous sommes capables de nous défendre. Mais la menace de l’extrémisme islamique chiite n’est pas seulement une menace pour nous, mais aussi pour toute la région et la paix mondiale. Je sais que nous partageons le désir d’empêcher toute victoire de l’islam radical ».

L’Iran, toujours l’Iran ?

Jacques Borde. Oui. D’ailleurs, Binyamin Nétanyahu avait déjà exposé de manière plus classique ses griefs vis-à-vis de Téhéran rappelant, en amont de sa rencontre avec le président russe, que « L’une des choses que nous combattons ensemble est le terrorisme islamique radical. Bien sûr, l’an dernier, la lutte contre le terrorisme de l’islam radical sunnite dirigé par l’État islamique et Al-Qaïda a connu des progrès considérables et la Russie y a contribué de façon très importante ».

Mais, car, pour Jérusalem, il y a un mais ! « Il est évident que nous ne souhaitons pas que cette terreur soit remplacée par le terrorisme chî’îte islamique radical mené par l’Iran », a ajouté Nétanyahu.

La crainte classique de tomber de Charybde en Scylla en quelque sorte….

Jacques Borde. Il y a de ça, effectivement.

Alors que la Russie a joué un rôle majeur au cours de l’année qui vient de s’écouler en combattant Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)4, Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām5 et autres groupes terroristes propagateurs de la terreur takfirî, Israël craint désormais que le Kremlin ne laisse les coudées franches à l’Iran, allié de de circonstance de la Russie en Syrie où Téhéran est, volens nolens, le faiseur de roi par le poids d’un engagement au sol qu’il est le seul à pouvoir se permettre. Sauf re-engagement notable US, Trump regnante, évidemment.

Plusieurs commentateurs ont souligné le (petit) faux pas géopolitique de Nétanyahu en cette affaire…

Jacques Borde. Faux pas, je n’irai pas jusque-là. Les choses sont à nuancer…

De quelle manière ?

Jacques Borde. Plusieurs choses sont à noter :

1- Poutine – tout comme le président américain, Donald J. Trump – reste quelqu’un d’assez pragmatique dans ses décisions, les heurs et malheurs du peuple juif dans l’Antiquité ne lui serviront guère dans ses choix au Levant. Ce qu’il a, sobrement, rappelé à son interlocuteur.

2- Que Binyamin Nétanyahu ait souligné les efforts russes face au terrorisme takfirî est certes intéressant. Mais il n’en reste pas moins que les Russes ont cruellement besoin des Iraniens et de leurs troupes (régnicoles ou liges peu importe) pour en finir avec la terreur takfirî dont ils subissent les coups y compris à Moscou et dans le Caucase et ses périphéries.

3- Chaque chose en son temps, a semblé dire président russe, Vladimir V. Poutine, à son interlocuteur : DA’ECH d’abord. Il n’est, d’ailleurs, même pas certain que la présence iranienne (pas plus que son absence d’ailleurs) à Damas soit un enjeu majeur pour les Russes, pour qui la nature intrinsèque des régimes en place n’est pas une donnée aussi essentielle que pour les Occidentaux. Poutine, sur ce point,choisissant de noyer le poisson, affirmant que « la Russie a des explications pour l’infiltration iranienne et il y a une bonne coopération avec l’Iran pour combattre le terrorisme au Moyen Orient ».

4- Le rapprochement russo-américain se faisant plus attendre que prévu, Moscou – qui, par ailleurs se voit confronté au retour US au Levant – a d’autant plus besoin des troupes au sol iraniennes et pro-iraniennes.

5- En mentionnant la puissance de Tsahal – première puissance militaire au Levant – Binyamin Nétanyahu rappelle, certes, une vérité mais n’apprend pas grand-chose à Vladimir V. Poutine.

6- Surtout (pour ce que l’on en sait) que cet hegemom régional hiérosolymitain ne lui apporte rien de bien concret aux Russes. Mais pouvait-il en être autrement ! Hors Golan où les Sayerot6 pourraient être conduits à mener des opérations extrêmement précises, on voit mal les blindés de l’Heyl Shirion7 s’engager profondément et durablement sur le terrain pour aller casser du nazislamiste ad usum Moscovi.

Un voyage pour rien alors ?

Jacques Borde. C’est ce que vous diront les ennemis (et ils ne manquent pas) du Premier ministre israélien, Binyamin Nétanyahu. Mais, dans de ce genre d’entretien, surtout concernant des puissances aussi attachées au secret que la russe et l’israélienne, il y a ce qu’on nous en dit, et ce que l’on garde entre gens de bonne compagnie !

Que diable voulez-vous dire par là ?

Jacques Borde. Concernant, ce énième aparté Binyamin Nétanyahu-Vladimir V. Poutine, notons que :

De prime abord, il ne règle pas grand-chose quant à la résilience d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH) : toujours pas de rouleau compresseur au sol pour écraser les Kamiz brunes takfirî. Donc peu de chance que Moscou se montre moins accommodant quant à la présence iranienne, même aussi proche d’Israël (le Golan notamment)…

Secundo, aucune allusion (on est entre gentlemen) aux frappes aéroportées régulières de l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal8 en… Syrie. La dernière venant de réduire en cendres une livraison de Pantsir-S destinée au Hezbollah semble-t-il. Autrement dit, toujours pas de réponse quant à la perméabilité de la bulle de protection russe au-dessus de la Syrie à chaque raid décidé (seul ?) par Jérusalem.

Tertio, interrogé par News24, sur la teneur des pourparlers de Moscou, le porte-parole du Premier ministre israélien, Ofir Gendelman, a indiqué que son patron et Poutine se sont concentrés sur « les tentatives iraniennes de transporter des armes sophistiquées et stratégiques au Hezbollah pour le soutenir militairement ».

Ajoutez à cela la participation au raid du tout nouvel appareil de combat sous livrée israélienne, le F-35I Adir qui vient de rejoindre les F-16I Soufa et F-15 I Ram dans l’inventaire de l‘Heyl Ha’Avir.

Désolé, pas beaucoup de grain à moudre de la visite de Binyamin Nétanyahu à Moscou…

Jacques Borde. Si ce n’est sa sortie sur la Perse antique et la victoire de Pourim, vous voulez dire ? Je ne suis pas d’accord avec vous.

À ce titre, Ofir Gendelman, a rappelé les fondamentaux israéliens sur le dossier :

1- « Israël considère l’Iran comme la menace centrale pour le Moyen-Orient. Nous rejetons la présence accrue de l’Iran en Syrie. Vaincre le terrorisme de DA’ECH ne doit en aucun cas conduire au renforcement du terrorisme de l’Iran. Nous ne remplaçons le terrorisme par un autre ».

2- « Israël est confronté à deux types de terrorisme: le premier est le terrorisme sunnite, dirigé par DA’ECH et Al-Qaïda. Le deuxième est le terrorisme chiite mené par l’Iran et le Hezbollah. Pour nous, les deux terrorismes ne diffèrent pas l’un de l’autre. Leur objectif déclaré est de prendre le contrôle du monde, et de détruire Israël à leur passage ».

Mais, au-delà, je ne suis pas loin de penser qu’une nouvelle donne géostratégique pourrait se profiler pour Jérusalem et ses chefs militaires.

Carrément, et laquelle ?

Jacques Borde. Conduire des guerres – plus probablement de ces guerres courtes dont Tsahal a le secret, voir ses opérations successives à Gaza – non plus en solo mais en concertation possible avec d’autres acteurs militaires. Avec deux options envisageables à l’horizon :

Primo. Le Sinaï où l’éradication des métastases takfirî pourrait se faire avec l’armée égyptienne : il suffirait (pour sauver les apparences géopolitiques régionales et les susceptibilités de quelques-uns) que deux opérations militaires séparées aient lieu au même moment.

Secundo. Le Golan, où Tsahal n’aurait besoin que de la neutralité russe. La coordination aérienne n’étant que de pure forme et allant facilement de soi en l’absence de toute composante aérienne nazislamiste.

[à suivre]

Notes

1 Commémore les événements décrits dans le Livre d’Esther, dernier Livre de la Bible hébraïque , dont la rédaction peut être approximativement datée au IVe siècle.
2 Xšāyaθiya xšāyaθiyānām, correspond au moyen-persan šāhān šāh, littéralement roi des rois et au persan moderne Chāhanchāh. En grec, ce terme était traduit βασιλεύς τῶν βασιλήων (Basileús tōn basilēōn, roi des rois), avec un rang qui correspondait à celui d’empereur. Les deux termes étaient souvent réduits à leur racine étymologique, Chah ou Basileus. Souvent associé à la titulature Aryamer (lumière des Aryens).
3 Assuérus (persan, Khšāyāršā. vieux perse ; Xšayāršā). Ou A’hashverosh (en hébreu Aʾhašveroš). né vers -519, mort en -4651, Roi perse, membre de la dynastie des Achéménides qui régnèrent sur un empire s’étendant de l’Indus à la mer Égée et du Syr-Darya au Golfe Persique et au Nil, incluant l’Égypte durant la XXVIIe dynastie.
4 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
5 Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
6 Forces spéciales israéliennes.
7 Arme blindée israélienne.
8 Armée de l’air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.

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