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Contre le peuple, les Lords font de la résistance

Imaginons un instant. Le 23 juin, une majorité d’électeurs britanniques votent pour rester au sein de l’Union européenne. Evidemment, les partisans du Brexit sont tristes, voire désespérés. Mais ils doivent bien admettre le verdict des urnes. La question est tranchée, et nul n’imagine que le débat puisse être ré-ouvert, en tout cas dans un avenir prévisible.

Les adversaires du Brexit – au Royaume-Uni, mais aussi au sein des élites européennes – ne raisonnent pas comme cela. Pas du tout. Quand il leur est défavorable, un verdict populaire est considéré comme erroné et provisoire.

Ainsi, dès le lendemain du scrutin britannique, des jeunes londoniens des quartiers chics, accompagnés d’expatriés en colère, ont manifesté contre le résultat électoral. Puis, de nombreux beaux esprits ont fait valoir que le vote n’était après tout que consultatif, et que, d’ailleurs, les citoyens regrettaient déjà leur mauvaise action.

On a assisté ensuite à une série de recours devant les tribunaux. Avec notamment un résultat : le Parlement doit désormais se prononcer sur le lancement des négociations entre Londres et Bruxelles. Le 8 février, les députés qui siègent à la Chambre des Communes ont fini par valider le principe du Brexit et la loi qui démarre le processus. Et ce, alors même qu’une large part d’entre eux était pour rester dans l’Union. Mais le Premier ministre, Theresa May, leur a fait comprendre qu’elle avait le pouvoir de les envoyer devant les électeurs. Forcément, ça calme.

La Chambre haute du Parlement, celles des Lords, n’a pas ces menus soucis. Et pour cause : elle n’est pas élue, ce qui met quand même dans une position plus raisonnable face au danger du populisme. Du coup, elle a adopté le 7 mars (par 366 voix contre 268) un amendement qui impose un nouveau vote à l’issue des négociations entre la Grande-Bretagne et l’UE (censées durer dix-huit mois).

Le Parlement aurait donc un droit de veto sur l’accord négocié par le gouvernement. Et surtout, il devrait également se prononcer sur la sortie – ou non – au cas où aucun accord ne serait trouvé.

On sait que Mme May a affirmé qu’à l’issue des pourparlers, il vaudrait mieux pas d’accord qu’un mauvais accord. Une manière de renforcer sa position dans la négociation. Si l’amendement des Lords était confirmé, cet avantage tomberait. Et Bruxelles serait incité à proposer des conditions inacceptables, dans l’espoir de voir les parlementaires britanniques les refuser… et le Royaume finalement rester dans le giron bruxellois.

Quelques jours auparavant, les mêmes Lords avaient adopté un autre amendement confirmant inconditionnellement la résidence des ressortissants de l’UE déjà installés en Grande-Bretagne. Là aussi, il s’agissait de gêner le gouvernement, qui a clairement (et logiquement) fait valoir que cette question devait se traiter dans le cadre de la réciprocité.

La stratégie des pairs du Royaume et des hiérarques de l’Eglise anglicane vise donc à mettre des bâtons dans les roues en vue de retarder la sortie, voire de la faire capoter. La Chambre des Communes a le pouvoir d’annuler l’amendement des Lords. Elle devrait en débattre le 13 mars.

Il est probable qu’elle efface l’amendement, même si vingt députés conservateurs menacent de faire défection. Mais face à l’éventualité du maintien de l’amendement, certains – c’est plus fort qu’eux – se réjouissent déjà. A Bruxelles, un haut dirigeant politique de l’UE a ainsi confié au site EUobserver : « je ne serais pas surpris si, à la fin, les Britanniques organisaient une deuxième consultation, et se prononçaient pour rester ».

Et pourquoi pas une troisième et une quatrième, tant que la réponse n’est pas la bonne ? A vrai dire, les autres peuples de l’UE connaissent cette répétition des référendums, voire leur inversion pure et simple. C’est même une pratique bruxelloise typique qu’ont vécue les Danois après leur refus du traité de Maëstricht en 1992, les Irlandais après leur bras d’honneur à celui de Nice en 2001, les Français et les Néerlandais après leur rejet du traité constitutionnel en 2005, les Irlandais (encore !) après leur Non au taité de Lisbonne en 2008. On pourrait ajouter plus récemment les Grecs (qui ont voté contre l’austérité en 2015) et à nouveau les Néerlandais (contre l’accord UE-Ukraine en 2016).

Remarquable symbole pour l’Union européenne : ce sont les honorables Lords – dont 96 sont héréditaires, et 26 nommés par l’Eglise – qui se sont majoritairement rangés dans le camp de Bruxelles.

Ces représentants historiques de l’aristocratie sont évidemment les mieux placés pour garder le peuple de ses tentations malfaisantes.

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