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Comment Vladimir Poutine sert la domination US

Nous avons créé Goldstein, dit Orwell dans 1984. Alors un peu de théorie de la transpiration.

Je suis pro-russe, mais je suis surtout pro-paix. Nous nous acheminons vers une guerre qui peut anéantir l’Europe. Je sais que les Américains rêvent d’en découdre avec les russes en même temps qu’ils désirent ruiner ce qui reste du vieux continent dirigé par une poignée de chipies ou de minables. Mais on oublie la règle un du cinéma US : il faut que le méchant soit « réussi ».

Obama a soumis l’Europe parce qu’il était noir, cool, jeune, prix Nobel, ce qu’on voudra. Un continent de zombis comme celui-là n’est pas dur à soumettre, en tout cas moins que les Philippines. Il reste qu’il n’aurait pas autant cassé la baraque, cet Obama, sans l’appoint d’une troisième force extraordinaire nommé Vladimir Poutine. Celui-là aura été non pas the wrong man, pour reprendre un édito du NYT, mais the right man at the right place. Vous vouliez un ennemi russe parfait, avec une tête de cyborg, un passé KGB, des mœurs de chasseur, un comportement d’autocrate, un réflexe orthodoxe, une obsession géopolitique, une brutalité de cosaque, et nous l’avons.

Dès lors il n’a pas été compliqué pour les USA de mobiliser leur presse et leurs agents pour reprendre le contrôle de l’Europe. Poutine étant là, et faisant 80% du boulot, il était simple de déchaîner l’opinion contre la Russie, qui reste la terre du goulag, du bolchevisme, du tsarisme, des pogroms, de tout ce que vous voudrez pour faire peur dans les chaumières bobos qui vont voter Juppé. En 2007 Bush avait déshonoré son pays sur les champs de bataille et sur les plateaux télé, en 2016 Poutine aura fait de l’oncle Sam le nouveau sauveur du monde, rôle dont il ne se départit pas. L’oncle Sam peut remercier Poutine décidément. Tu me demandais un miracle, je te donne le FBI, disait Alan Rickman dans Piège de cristal. Tu me demandais un miracle pour regonfler l’OTAN et ratisser l’Europe, je te donne Poutine.

Il y a deux ans, j’avais écrit deux textes sur ce thème, non pas pour changer mon fusible d’épaule, mais pour indiquer à quel point le cas Poutine posait problème aux résistants intellectuels dans ce monde et ailleurs. Je rappelais les points suivants pour Dimitri Medvedev : qu’il avait été reçu à Yale par Condoleeza Rice ; qu’il était presque copain avec Obama ; qu’il était populaire en Europe, et profitait à son pays. Le jour du retour de Poutine au pouvoir, l’idylle était terminé, et le bel édifice s’effondrait. Les prétentions de l’autocrate, ennemi de l’Ukraine, ami de la Chine, de l’Iran, de la Turquie, de tout un tas de pays dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont éloignés de notre tradition, ne nous rassurent pas non plus, pas plus que le fait que l’islam envahit les rues de Moscou comme les nôtres, que la population décline, que le niveau de vie baisse, et que les réformes promises peuvent toujours courir. Sanctions, autocratie, guerre, extermination nucléaire, Poutine le sauveur n’est pas un cadeau, on le comprend. Il est détesté mais décidément trop facile à détester. Et le noir génie de ce genre de personnage est de se rendre indispensable aux peuples qu’ils font mine de conduire au paradis, quand ils les mènent à l’abattoir.

A ce propos j’ai eu une nouvelle poussée d’adrénaline en revoyant A la poursuite d’octobre rouge. Sean Connery joue le rôle de l’officier lituanien qui se mutine et il doit tuer l’officier politique qui dérange. On est en 1988, et je vous laisse deviner le nom de l’officier politique : Poutine. Sacrée CIA (Tom Clancy travaille pour elle depuis le début et il a habilement lifté la brute image du monstre avec Jack Ryan) ! Ils ont même deviné le nom de leur futur ennemi sur commande. Des vrais devins ces gars-là.

Mais restons sérieux, car la situation est grave.

Dans Après l’Empire, Emmanuel Todd faisait remarquer que jusque-là la Russie avait été habile car elle ne tombait pas dans les provocations américaines. Or ce temps est révolu et Poutine a tué nombre de citoyens d’anciennes républiques soviétiques, aujourd’hui de syriens (la guerre mondiale pour Assad ?).

Et puisque les grenouilles parlent de guerre froide, rappelons que la Guerre Froide ne fut autre chose qu’une opération américaine pour maintenir les européens épuisés par la guerre sous le joug. Encore une fois, lisez Ralph Raico (1) et son analyse superbe du rôle de Truman et du général Lucius Clay à la veille de l’élection de 48, pour déclencher cette guerre froide si utile au pentagone (maintenir le draft et les budgets militaires) et au capital US. On avait un Staline en attendant un Poutine.

En vérité et pour en terminer sur ce point jamais l’impérialisme venu d’Amérique n’avait pu rêver d’un si parfait et limité adversaire. Car Poutine sort d’un film d’espionnage.

La Russie comme l’Europe ont besoin d’un autre leader en Russie ; Washington surtout pas.

Note

  1. Great wars and great leaders ; a libertarian rebuttal (Mises.org), pp111-113

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