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Un point de vue païen sur Point Break

Ce film est vite devenu un film-culte au début des années quatre-vingt-dix qui sont restées fameuses pour leur plat nihilisme. Il célèbre la violence, les casses, le surf, le rock, le bougisme, et il promeut le massacre entre amis. Difficile de dire s’il ne relevait pas aussi d’une opération psy ’op. On laisse de côté cet aspect aujourd’hui et on étudie sa dimension païenne.

Le film Point Break joue sur une ambivalence aujourd’hui classique : quand on veut parler de paganisme, on évoque le bouddhisme. La splendeur iconographique de cette spiritualité, ses sources ésotériques et militaires ne doivent pas nous tromper. C’est de cela qu’il s’agit même si dans le film on cherche encore à se garantir sur son aile droite en dénonçant un club de dealers nazis d’ailleurs métis…

La spiritualité invoquée n’est bien sûr pas le bouddhisme mais celle de la quête cosmique dans la nature, de l’extase physique et magique. C’est une quête royale, une quête de ksatriya. Le duel suicidaire des deux frères ennemis est caractéristique des gestes indo-européennes. Il évoque aussi bien les Nibelungen que les filles du roi Lear. Bodhi est lecteur de Nietzsche, de Marx et Lao Tse. Sans oublier le classique des cinq roues de Musashi, le héros des films d’Inagaki (voyez mes textes ici). En marge de sa vision initiatique, on le sent violemment antisystème, et la satire des anciens présidents via leurs masques et leurs propos détournés est remarquable. On n’est pas des escrocs

Ce groupe de fianna blonds comme les blés est prêt à mourir jeune pour mieux vivre intensément. C’est un destin à la Rimbaud, à la hussarde, cousin du Roy de Blade runner. Le kamikaze Johnny Utah (allusion à la mère Uta des Nibelungen ?), l’ancien champion de hockey Keanu Reeves, se retrouvera vingt ans plus tard à jouer dans un énième remake des 47 Rônin.  Ancien danseur, avec un look de viking ou de Varègue des algues, le regretté Patrick Swayze donne ses lettres de noblesse au surf (découvrez Chasing mavericks avec Butler).

L’expert Jean Haudry nous renseigne aussi sur cette question – importante quand on sait que les grands réalisateurs de westerns comme Walsh (irlandais par son père, espagnol par sa mère !) ou Ford étaient d’origine celtique, Ford étant même né en Irlande et ayant porté tel quel son héritage culturel outre-Atlantique :

En marge de cette société existe une contre société institutionnalisée qui reflète les idéaux, les valeurs et les comportements de la société héroïque : la f´ian, troupe de jeunes guerriers, les fianna, qui bien qu’issus de la noblesse vivent en dehors de la société…

Tels les cow-boys et les hommes en contact avec la nature, ces jeunes gens vivent de chasse et même de diverses sortes de larcins. Haudry :

Comme l’indique une étymologie ancienne leur nom, fíanna a venatione, ils vivent de chasse, mais aussi de diverses formes de prédation. Marie-Louise Sjoestedt les a définis en ces termes : « Les fíanna sont des compagnies de guerriers chasseurs, vivant sous l’autorité de leurs propres chefs, en semi-nomades ; on les représente passant la saison de la chasse et de la guerre (de Beltaine à Samain) à parcourir les forêts d’Irlande, à la poursuite du gibier, ou menant la vie de guérilla ; des récits plus récents en font les défenseurs attitrés du pays contre les envahisseurs étrangers, mais tout indique qu’il s’agit là d’un développement secondaire du cycle.

Les rassemblements de nos guerriers sont au nombre de trois danses solaires et tournent autour du cercle (Bodhi évoque aussi la cyclicité de toutes choses, il est temps de danser avec l’univers) ; il y a la ronde du foot américain (phares des automobiles), la ronde du surf nocturne (bûcher de plage), la ronde du saut en parachute (lumière solaire). On se croirait dans un film japonais, dans ce film produit par Cameron.

Point Break se veut une belle illustration du thème Carnage et culture, du culte kamikaze de la mort en occident et du suicide (1914) de notre civilisation. La lutte fratricide aboutit à la mort de tout le monde. C’est la guerre du Péloponnèse décrite par Stoddard en 1920 : l’européen n’éprouve de plaisir que dans sa mutuelle destruction programmée. C’est la fin de l’histoire façon Kojève et le goût pour le risque-tout et le harakiri bien personnel.

Voyons les plus grands thèmes :

Le groupe rebelle, le fianna, le gourou, la lutte contre le système et son autorité, le goût du sport et de la mort, du grand combat. On a le culte du chef et le comportement suicidaire et mégalothymique – avec de la bonne vieille rébellion hippie dans les veines (en version nulle cela donne le navet de Sean Penn Into the Wild)

On a le sentiment cosmique avec l’océan (on le retrouve chez Walsh, Thorpe et même Jonathan Livingstone), la nature et la dernière vague cosmique. Tout cela débouche bien sûr sur la mort, mais n’est-ce pas mieux de finit comma Achille que de finir sur la vieillesse, la bière et les regrets ? Bodhi et ses amis, tous fleurons de la race nordique en Amérique préfèrent finir ainsi, illustrant les propos désabusés du magnifique théoricien Madison Grant – qui ne se faisait pas d’illusions il y a déjà un siècle :

The type of native American of Colonial descent will become as extinct as the Athenian of the age of Pericles, and the Viking of the days of Rollo.

Swayze et son gang de beaux Vikings sont tous tués. Pensez à notre cher Patrick Edlinger mort fracassé jeune. Ce film n’est pas culte par hasard. Le scénario recycle intelligemment le besoin de bougisme, de sports de l’extrême, d’exotisme tropical et cet aventurisme audacieux en des temps où plus rien n’est audacieux.

On se souvient que Francis Fukuyama a dénoncé aux temps modernes la mégalothymie des Anciens. L’homme moderne ne peut plus être un Achille, il veut être un retraité, et prendre des médicaments. Voici le monde que ne supportent pas les surfeurs et braqueurs de la « ville où tout est trop ».

Point Break est l’histoire d’une dérive qui se termine mal – comme toujours dans ce genre du film nécessaire au dressage des masses. Peut-être que nos braqueurs et surfeurs en mal d’adrénaline auraient dû devenir des militaires américains en mal de mission dangereuse. C’est le message de Kathryn Bigelow (ancienne peintre, épouse un temps de Cameron) qui vingt ans plus tard célébra les démineurs en Irak. Et son héros (excellent Jérémy Rettner) ne supporte l’ambiance Wal-Mart et le retour au pays. On n’est pas près d’oublier la harangue de Swayze à ses hommes sur les microbes du système enfermés dans leur cercueil de métal…

Nous avons vu Point Break à trente ans avec un ami qui est mort quelques jours après. C’était le dernier message de l’énergie sauvage des jeunes générations du Baby-Boom qui allait se transformer en papi boom.

Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde (Nietzsche).

Sources

  • Bonnal – Hollywood et le paganisme (Amazon.fr)
  • Grant – The passing of a great race
  • Les Peuples Indo-Europeens D’Europe par M. Jean Haudry

Les livres de Nicolas Bonnal sont disponibles chez:

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