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Washington Vs Téhéran : Le Containment dynamique…

Depuis l’avènement de la RI d’Iran (1979), les relations entre Washington & Téhéran ont toujours été houleuses. Passé le (long) intermède Obama, la présidence de Donald J. Trump s’annonce sous les auspices d’un Containment survitaminé de l’Iran islamique. S’y affrontent deux volontés contradictoires. Laquelle des deux triomphera ? Pour imposer la sienne l’administration Trump va devoir monter en gamme passer du Containment classique à un Containment dynamique dont les contours commencent à prendre forme.

« Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige au Canada ».
Voltaire, Candide, 1758.

Cette phrase de Voltaire pourrait s’appliquer au sud-est désertique de la Syrie (qui parfois est enneigé l’hiver). Cette Syrie « inutile » est devenue aujourd’hui un enjeu stratégique qui voit s’affronter deux volontés : celle de l’Iran qui entend mettre en place un corridor vers la Méditerranée et celle des États-Unis qui veulent l’en empêcher.

La politique de l’administration Trump est clairement une politique d’endiguement1 de l’Iran. Donald Trump veut revenir sur le traité de juillet 2015 levant les sanctions contre l’Iran. Plus globalement, il entend mettre en place une politique d’endiguement durci de l’Iran.

Le mois dernier, le Senate Committee on Foreign Relations2, a approuvé par 18 voix contre 3, un nouveau projet de sanctions contre l’Iran.

Au sein de l’administration Trump, on compte nombre d’adversaire de l’Iran :

1- le US Secretary of State, Rex W. Tillerson3, qui considère l’accord de 2015 avec l’Iran comme un échec ;
2- le National Security Adviser, le lieutenant-général Herbert Raymond McMaster, dit dit H. R. McMaster4 ;
3- au sein du National Security Council (NSC), le colonel (Rtd) Derek J. Harvey, ancien Senior Executive de la Defense Intelligence Agency (DIA)5 ;
4- toujours au sein du NSC, Ezra A. Cohen-Watnick, qui y occupe le poste de Senior Director for Intelligence Programs.

Enfin, il faut souligner la nomination à la tête du Iran Mission Center (en charge des opérations de la CIA en Iran)6 de celui que l’on surnomme le Prince Noir ou l’Ayatollah Mike : Michael D’Andrea, marié à une musulmane, il s’est converti à l’islam. En 2008 c’est sous sa direction qu’Imad Mugniyeh, chef des opérations internationales du Hezbollah, fut assassiné à Damas, en liaison avec les SR israéliens, la CIA utilisa pour cela une voiture piégée. Un classique au Levant.

Premier élément de cette politique de Containment dynamique, l’attitude vis-à-vis de l’Arabie Séoudite : le récent voyage du président américain dans ce pays a vu la signature de plus de 300 Md$US de contrats commerciaux dont un tiers de ventes d’armements. Washington va fournir de nouveaux systèmes Patriot ansi que des systèmes anti-missiles THAAD (Terminal High Altitude Area Defense). Les Séoudiens s’engageant aussi à investir aux États-Unis. Lors de cette visite, Donald Trump a affirmé que l’Iran « attisait les feux du conflit confessionnel et du terrorisme » et a appelé toutes les nations à « travailler ensemble pour isoler l’Iran ».

Le paradoxe étant que Trump lance cet appel du sol de la monarchie wahhabite obscurantiste et absolutiste alors que les attentats qui ensanglantent le monde sont le fait de djihâdistes sunni et/ou wahhabî.

Selon un responsable de la Maison-Blanche, les ventes d’armes à Riyad ont pour objectif de « soutenir à long terme la sécurité de l’Arabie Séoudite et de la région du Golfe face aux menaces de l’Iran ».

Deuxième volet dans l’endiguement de l’Iran : les actions américaines en Syrie, le renversement du gouvernement syrien ayant échoué, les poches rebelles près de Damas dans la Ghouta orientale n’ayant aucune utilité stratégique, le gouvernorat d’Idlib étant contrôlé par les islamistes, les États-Unis ont décidé d’appuyer massivement les rebelles du Front du Sud installés en Jordanie.

À l’évidence, il ne s’agit pas là de lutter contre Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)7, DA’ECH s’étant retiré de cette zone, mais de contrer le projet iranien de corridor vers la Méditerranée.

Dans le Nord de l’Irak, la route iranienne passe par Shirqat, au sud de Mossoul, par Tel-Afar puis à l’ouest par Sinjar. Shirqat est déjà libérée ainsi que Tel-Afar, Sinjar est tombée aux mains des kurdes et des yézidis en novembre 2015. La route passerait ensuite par Deir ez-Zor toujours encerclée par l’État islamique. Une autre solution s’est fait jour vers le sud est de la Syrie et les Hachd al-Chaabi (PMU)8 irakiennes se sont employées à purger de la présence des Takfirî la route menant à la frontière syrienne.

Une base a donc été installée à Tanef par les Américains pour former, ravitailler et armer les rebelles du Front du Sud et pour protéger leurs rebelles, les Américains ont mis en place unilatéralement une zone de réduction des conflits ce qui leur permet de bombarder les troupes syrienne tout en disant qu’ils ne combattent pas les forces syriennes mais DA’ECH : ils les ont bombardé le 18 mai 2017, puis le 8 juin 2017, détruisant à cette occasion un ZSU-23-4 Shilka et deux canons automoteurs de 122 mm 2S1 Gvozdika, le 9 juin 2017 ils ont abattu un drone Shadded-129 de fabrication iranienne au prétexte qu’il avait bombardé une zone proche (sic) des forces spéciales US, toutefois dans le communiqué de la coalition le drone est qualifié d’UAV (drone non-armé) et non pas d’UCAV (drone armé) alors on se demande comment ce type de drone a pu mener à bien une mission de bombardement ! Lapsus significandi sans doute.

On peut penser que la tension dans cette zone va se poursuivre : les forces syriennes ne pouvant se diriger directement vers Tanef du fait de la menace aérienne américaine ont attaqué plus à l’ouest et se sont emparées de la région de Dakwa qu’ils ont nettoyé des forces du Front du Sud.

Notes

1 Containment, en anglais.
2 Commission des Affaires étrangères du Sénat.
3 Pdg du géant pétrolier ExxonMobil.
4 Director of the Army Capabilities Integration Center et Deputy Commanding General, Futures du US Army Training & Doctrine Command. Avait précédemment dirigé le Fort Benning Maneuver Center of Excellence et la Combined Joint Interagency Task Force-Shafafiyat de l’ISAF en Afghanistan. Très impliqué dans les Opérations Enduring Freedom et Iraqi Freedom, McMaster est l’auteur de Dereliction of Duty (1997), un des plus vives critique du haut-commandement US lors de la Guerre du Viêt-Nam.
5 Le principal SR du Pentagone.
6 CIA Names New Iran Chief in a Sign of Trump’s Hard Line, Matthew Rosenberg & Adam Goldman, The New York Times (2 juin 2017).
7 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
8 Ou Popular Mobilisation Unit/Unité de mobilisation populaire.

NSC, DIA, PMU, DA’ECH, Michael D’Andrea, THAAD,

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