Accueil / DÉBATS / Invités / Marlène Schiappa, nouvelle Nadine Morano ?

Marlène Schiappa, nouvelle Nadine Morano ?

Marlène Schiappa est en passe de devenir la risée des esprits libres après ses sorties baroques auprès de Cyril Hanouna ou d’Alain Finkielkraut. Il faut plutôt lui dire merci d’éclairer notre lanterne sur ce qu’est le substrat idéologique du macronisme. Est-elle la Nadine Morano du nouveau Président ?

Marlène Schiappa, nouvelle Nadine Morano ?

Marlène Schiappa ne ménage ni son temps ni sa peine pour exister médiatiquement, et cette débauche d’énergie a quelque chose de sympathique. Elle agace certains, qui s’étonnent de voir une secrétaire d’État au droit des femmes intervenir sur des sujets qui ne sont pas les siens.

Ce procès d’intention est injuste, dans la mesure où Marlène Schiappa l’a jusqu’ici fait pour répondre aux nombreuses critiques qui lui étaient adressées sur ses prises de position passées. Ce fut le cas notamment avec Alain Finkielkraut, qui a dénoncé sa tribune obsédée par une islamophobie imaginaire. C’était hier le cas dans sa réponse dilettante à notre article sur ses incitations à la fraude à la Sécurité sociale.

Au fil de cette parole désordonnée et libératrice (pour sa conscience, surtout), c’est un portrait en creux de l’idéologie macronienne qu’on pourrait voir. Et c’est pourquoi il ne faut surtout pas censurer Marlène Schiappa. Au contraire, il faut la faire parler : chacun de ses aphorismes est une bénédiction qui jette un nouveau cru dans la lumière jupitérienne dont nous sommes sommés de nous abreuver désormais.

Le macronisme, triomphe de la bien-pensance ?

On aurait tout d’abord bien tort de diaboliser la parole schiappienne, qui se contente d’ériger en vérité dogmatique, ayant force de loi, la bien-pensance moyenne dont les salons parisiens donnent l’écho ordinaire. Marlène n’invente rien. Elle répète sur un ton péremptoire les bons mots et les paroles mielleuses qui prolifèrent dans les dîners de bobos parisiens. Le seul reproche qu’on puisse lui faire est de n’avoir pas compris la différence épistémologique entre la doxa de l’élite germanopratine et la vérité juridique.

Ainsi, en va-t-il de l’islamophobie, attaque facile dans les beaux quartiers de Paris où l’on ne croise jamais une femme en burqa, mais dont l’usage peut aussi être un délit qui se juge en correctionnelle. Un mot qu’on peut utiliser autant qu’on le veut dans son salon ne peut être galvaudé avec autant de légèreté dans la sphère publique. Mais c’est le propre de la bien-pensance d’imaginer que les raisons de sa bonne conscience immédiate sont des vérités universelles.

[..]

Il fut une époque où les bien-pensants faisaient un effort pour vanter les mérites de la pédagogie, de la prévention, de l’explication. Le renouvellement selon Macron ne s’embarrasse plus de cette vision ringarde de la bien-pensance. Désormais, le Code pénal est la solution incontournable de notre vie quotidienne, surtout, bien entendu, dans les quartiers lointains, pauvres, abandonnés, où aucun bien-pensant ne va jamais.

Ce recours à l’interdit pénal mériterait un moment de psychanalyse. Quelle peur de l’effondrement hystérique cache-t-il chez tous ces bien-pensants qui nous renouvellent ? Quelle angoisse d’eux-mêmes portent-ils avec toutes leurs leçons de morale ?

Toujours est-il que l’interdit, sans que l’on y ait pris garde, est devenu la norme de gouvernance depuis le mois de mai. Et c’est encore Marlène Schiappa qui s’y colle. Ainsi, après les blagues de mauvais goût de Cyril Hanouna, la secrétaire d’État le convoque.

On avait raillé, durant la campagne, la proposition émise par un affidé de Marine Le Pen de mettre en place une sorte de comité de censure. Mais bon sang ! Tous ceux qui ont voté Macron pour éviter cette folie qui nous était proposée, que disent-ils aujourd’hui quand une sous-ministre convoque un présentateur d’une télévision privée pour lui demander raison de son humour ?

Certains se rassureront en se disant que Marlène Schiappa est un cas isolé. On laissera ici répondre les rédacteurs de la petite société de presse méconnue du grand public « La Lettre A », attaquée au pénal par En Marche pour avoir repris des informations du Macronleaks.

D’autres n’hésitent pas à mettre les moyens de l’État à leur service pour faire triompher leur doctrine. Cela s’appelle de l’intimidation, et là encore Marlène Schiappa a montré la voix.

Ainsi, elle n’a pas hésité à répondre sur papier à en-tête d’un ministère de la République (mais à titre privé) aux attaques d’Alain Finkielkraut sur ses positions passées :

Si un jour, l’homme de valeurs que l’on me dit que vous êtes s’intéresse à la réalité de ma pensée philosophique, il sait désormais où m’interroger.

On en reste pantois. Ce qui gêne n’est pas seulement qu’une secrétaire d’État s’attribue une « pensée philosophique ». C’est bien qu’elle intime à un citoyen ordinaire, elle qui incarne la République, l’obligation de s’adresser à elle en tant que ministre.

[..]

L’ère du deux poids deux mesures

Selon que l’on est dans un camp ou dans l’autre, on peut ou ne peut pas dire, faire ou ne pas faire, les mêmes choses.

Ainsi, quand Marlène Schiappa appelle à frauder la Sécurité sociale, elle explique qu’il s’agit juste de propos humoristiques. Il faut donc lui pardonner. Ce n’est pas grave. Pas de quoi « pénaliser », même si de nombreuses assurées ont dû faire leur miel des conseils de Marlène Schiappa pour bénéficier des prestations indues financées par les autres cotisants.

En revanche, quand un quidam appelle à ne plus payer ses cotisations à la Sécurité sociale, là, la blague est tout de suite moins drôle. Elle tombe sous le coup d’une sanction pénale inventée en 2014 par la direction de la Sécurité sociale, dont le directeur est devenu directeur adjoint du cabinet d’Édouard Philippe.

Deux poids, deux mesures.

En revanche, quand un quidam fait une blague sexiste bien grasse, Marlène Schiappa propose de verbaliser immédiatement.

Deux poids, deux mesures.

Ainsi, quand François Fillon embauche sa femme ou ses enfants avec les indemnités que l’Assemblée Nationale lui verse à cette fin, tout le monde trouve normal que la justice enquête immédiatement, au risque de bouleverser le scrutin présidentiel.

En revanche, quand l’ancien secrétaire général d’En Marche devenu ministre fait l’objet de soupçons étrangement similaires, il est de bon ton de n’y voir que du feu, et de juger normale et républicaine la passivité de la justice.

Deux poids, deux mesures.

C’est le renouvellement d’une religion ancienne : l’amour aveugle de l’autorité en place.

Source

Consulter aussi

Réflexions sur un débat

Le débat qui a eu lieu à l’antenne de Radio-Sputnik entre Eric Zemmour et moi-même …

Après l’imposture En Marche, en finir avec la Vè République

C’est évidemment la grande imposture d’un régime fantoche que de proclamer la victoire triomphale d’un …

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
wpDiscuz

Ce site utilise des Cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous validez leur utilisation. .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer